La Maison du Citoyen de Gatineau

L'incurie gatinoise

ÉDITORIAL / Les soucis de la famille Gagné face à la Ville de Gatineau pourraient-ils teinter la campagne électorale municipale qui s'amorce ?
Personne ne peut prédire l'avenir, mais cette affaire porte en elle certains des éléments qui peuvent égratigner le vernis d'un maire sortant. Maxime Pedneaud-Jobin a passé l'essentiel de ses deux premières années au cabinet du maire à fignoler la gouvernance de la Ville de Gatineau, à mettre en place des mécanismes qui, avec le temps, faciliteraient l'administration municipale et procureraient des économies aux contribuables. Nous constatons plutôt qu'il y a encore trop de ratés dans les relations entre la population et leur municipalité, comme ce dont témoigne la famille Gagné, qui habite la rue Marcotte, dans le secteur Touraine. Leur maison aurait subi des dommages pendant des travaux de forage d'un égout sanitaire en 2014 et l'imbroglio persiste encore, trois ans et demi plus tard. 
Le maire Pedneaud-Jobin tente de se poser en protecteur des contribuables dans ce dossier, en rappelant qu'il serait « irresponsable » d'acheter la paix.
D'accord, mais le diable est dans les détails, comme le veut l'adage. Le maire a beau dire que la famille Gagné a refusé l'offre de la ville, personne n'en dit trop maintenant, car le litige pourrait se retrouver devant les tribunaux. Les victimes estiment que c'est la seule option qui leur reste. Notre collègue Mathieu Bélanger a tout épluché le dossier et plusieurs de ses questions aux autorités municipales sont demeurées sans réponse.
Cette dispute sonnera familière à plusieurs contribuables et des gens d'affaires qui se sont querellés avec la Ville de Gatineau au fil des années. La construction d'une grosse propriété au 79, rue Fraser, dans le secteur Aylmer, a mis en lumière des problèmes au bureau d'urbanisme de la ville. Et le Bureau de l'ombudsman de Gatineau en a aussi répertoriés et plutôt que de chercher une solution, le BOG s'est plutôt mis à dos certains membres du conseil municipal qui estiment que ce protecteur du citoyen a outrepassé son mandat. 
Le nombre de plaintes contre la Ville de Gatineau a peut-être baissé sous la gouverne de Maxime Pedneaud-Jobin, certaines font mal paraître toute administration. La perception demeure que Gatineau s'obstine trop souvent dans la confrontation, voire à la judiciarisation, avec ses propres citoyens. Face à un mastodonte aux ressources immenses, le simple citoyen en guerre contre la Ville de Gatineau a l'impression de se retrouver devant Goliath. 
En 2013, la campagne du maire sortant Marc Bureau a coulé en raison du fiasco du Rapibus, et de son entêtement à ne pas chercher une solution avec et pour les usagers. M. Pedneaud-Jobin en a profité pour se forger une confortable majorité de votes. L'insensibilité de l'administration gatinoise pourrait-elle être « son » Rapibus et couler ses espoirs d'un second mandat ?
Difficile à dire. Les ratés du système de transport en commun ont irrité des milliers de navetteurs qui pouvaient dire avec précision combien de temps le Rapibus leur faisait perdre. Un investissement de 240 millions $ qui appauvrit un service municipal plutôt que l'améliorer ? Il y avait là un non-sens qui pouvait irriter tous les contribuables.
L'insolence perçue de la Ville de Gatineau face aux soucis d'une seule famille ne devrait pas avoir, en apparence, le même poids aux yeux des électeurs. Mais d'autres victimes de l'incurie gatinoise pourront se lever et les appels de Jocelyne Gagné pourraient devenir un cri de ralliement. La campagne électorale nous le révélera.