La position de Marie-France Lalonde sur le bilinguisme de la capitale est «nettement insuffisante», selon l'auteur.

L'immobilisme de la ministre

ÉDITORIAL / Du bilinguisme de la capitale, Marie-France Lalonde jure qu'elle endosse l'idée. Elle l'a dit souvent et personne n'en doute. Mais elle ne lèvera pas le petit doigt pour faire avancer la cause d'Ottawa, ville bilingue. Ce sera un appui moral, et rien d'autre.
Pour une élue francophone d'Ottawa, sa position s'avère nettement insuffisante. Mais maintenant qu'elle est aussi ministre responsable des Affaires francophones, ce désengagement est inacceptable. Les Franco-Ontariens n'attendent pas un appui timide de « leur » ministre, mais bien une résolution nette et avouée.
Son repli témoigne d'un manque flagrant d'audace politique et cela sied bien aux adversaires de la cause de la francophonie qui tentent toujours de minimiser les défis quotidiens auxquels les Franco-Ottaviens sont confrontés depuis des décennies. 
Certes, la francophonie ontarienne a beaucoup progressé depuis un siècle. La philosophie orangiste anti-francophone n'est plus l'ombre de ce qu'elle était à l'époque. Mais la vie française dans la capitale a encore besoin d'être grandement améliorée. 
Le maire Jim Watson, francophile à ses heures, profite de ces positions de neutralité qui s'accommodent du statu quo. Il y en a qui croient que tout militantisme affirmé met à risque la bonne entente entre la communauté minoritaire et la majorité anglophone. M. Watson enfirouape avec son argument à l'effet que les choses sont satisfaisantes pour les francophones à Ottawa ; il apporte en preuve la baisse du nombre de plaintes quant aux services en français.
Comme des milliers de citoyens issus de tous les groupes linguistiques dans la capitale, Le Droit estime qu'Ottawa peut et doit faire plus. Que la Ville d'Ottawa doit réitérer la demande qu'elle avait faite en 2001 afin d'enchâsser le caractère bilingue du pays dans la loi constitutive du Parlement ontarien.
Le maire, lui, n'y croit pas et résiste à toute reconnaissance légale, même si bien des Francos étaient prêts à se satisfaire d'une modification somme toute symbolique du texte, sans une correspondante obligation du niveau de services en français.
Un bras-de-fer persiste malgré le fait que le 150e anniversaire de la Confédération représente une occasion historique pour un geste noble envers la minorité francophone.
Dans ce contexte, la ministre Lalonde devrait se tenir comme un rempart.
Devant M. Watson et aux militants qui travaillent sans relâche pour faire avancer le dossier d'Ottawa, ville bilingue, Mme Lalonde plie l'échine et s'en remet aux arguments du maire, comme celui qu'il faut « respecter les compétences des ordres de gouvernement ». Sa position sans équivoque a été répétée plusieurs fois lors d'une récente rencontre éditoriale de la ministre avec le quotidien Le Droit.
Lors de la fusion municipale, personne pourtant ne se référait à un tel respect des compétences. Si l'idée avait été mise au rancart, c'est que le premier ministre d'alors, Mike Harris, était résolument contre. Personne ne se référait à ce respect lorsque l'Ontario a timidement accédé à la demande de la Ville d'Ottawa, en 2006, mais pour n'inclure qu'une coquille vide.
Aujourd'hui, la ministre Lalonde fait plus que tolérer l'immobilisme du maire Watson, elle l'y encourage. Les Franco-Ontariens espèrent plus de leur ministre responsable des Affaires francophones. Elle devrait réfléchir à ses convictions politiques ou céder ces fonctions à une autre personne plus persuadée que le français dans la capitale mérite davantage de protection.