Le bilan de Justin Trudeau est en jeu dans cette campagne électorale.

Les trois enjeux de la campagne

ÉDITORIAL / L’élection de 2015 avait porté sur le bilan des conservateurs de Stephen Harper, et le verdict avait été net. Quatre années plus tard, l’élection fédérale qui démarre aujourd’hui s’avère un référendum, en quelque sorte, sur la performance de Justin Trudeau.

Ce bilan est teinté selon la province où vous habitez, selon certaines croyances politiques qui vous tiennent à cœur, selon votre performance économique. Si vous êtes de l’Ontario, vous avez de la chance, votre choix déterminera probablement le prochain gouvernement. Si vous êtes du Québec, vous avez de la chance également, votre choix déterminera l’ampleur de la victoire du parti gagnant. Car rien n’est certain à ce moment-ci.

Le Parti conservateur et le Parti libéral démarrent la campagne électorale virtuellement nez à nez : les sondages les placent très près l’un de l’autre, à l’intérieur de la marge d’erreur. Plus loin derrière, il y a le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois (si vous habitez au Québec, évidemment) et surprise, un petit nouveau, le Parti vert, qui a surgi dans les sondages. Il reste à voir s’il finira à 10 à 15 % des intentions de vote le jour du scrutin, le 21 octobre, ou non.

Quant au nouveau Parti populaire du Canada — l’idée du député de la Beauce Maxime Bernier — on espère jouer les trouble-fête dans quelques dizaines de circonscriptions. Les sondages ne lui donnent que 3 % des intentions, mais dans les courses serrées auxquelles nous nous attendons cet automne, cela pourrait déjouer les calculs à bien des endroits.

C’est le bilan de Justin Trudeau qui est en jeu car son principal adversaire, Andrew Scheer, demeure une variable assez inconnue. Ancien président de la Chambre des communes, il était soumis à un régime de non-ingérence. Depuis sa victoire dans la course au leadership, il doit se redéfinir comme un politicien ancré dans les valeurs de centre droit. Il a eu de la difficulté dans le récent débat sur l’avortement, naviguant entre ses convictions personnelles (antiavortement) et la position officielle de son parti (le silence, ce qui équivaut à proavortement). Même sur le déficit, il a dû modérer ses ardeurs, et ne prévoit un retour à l’équilibre financier qu’en 2024 ou 2025.

Il y a beaucoup plus de raisons pour lesquelles voter pour ou contre M. Trudeau.

Marchant sous des « voies ensoleillées », il martelait qu’il travaillait pour la classe moyenne « et ceux qui travaillent fort pour en faire partie ». Il a commencé à mettre en place son Allocation canadienne pour enfants. Mais il a suivi en repoussant aux calendes grecques la réforme du scrutin. La déconfiture de certains militants a été grande. La légalisation du cannabis s’est somme toute bien passée, après des accrocs de mise en marché dans les provinces. Ce ne sera pas un enjeu. Par contre, il y en aura trois majeurs. L’environnement, dans un premier temps, et le fait que les libéraux ont imposé un prix sur le carbone... tout en achetant, au coût de 4,5 milliards $ US, le pipeline Trans Mountain. Pour les électeurs avec une conscience verte, il s’agit là d’un non-sens qui devra être expliqué une fois de plus. Puis, il y a toute la question de l’intégrité du gouvernement Trudeau, avec en filigrane l’affaire SNC-Lavalin et le « limogeage » de la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould. Enfin, il y a la gestion des finances publiques, où les libéraux avaient promis des déficits modestes (moins de 10 milliards $). À la place, ils en ont fait de majeurs (entre 20 et 30 milliards $), sans un retour à l’équilibre budgétaire.

Voilà les vraies questions de l’élection de cet automne 2019. La parole est à vous maintenant.