Doug Ford, premier ministre ontarien

Les RLISS dans la mire de Ford

ÉDITORIAL / Le gouvernement Ford n’est au pouvoir que depuis sept mois, mais déjà, on commence à savoir comment il fonctionne. Il laisse couler une nouvelle, mesure la réaction, puis agit. Ainsi, la population doit se préparer à la réforme des RLISS de l’Ontario, ces réseaux locaux d’intégration des services de santé qui voient à une dépense ordonnée de quelque 30 milliards $ par an en santé.

Dans le cas des RLISS, la nouvelle est sortie, mais son caractère hypothétique laisse présager que quelque chose s’en vient.

Il faut réagir tout de suite, car demain, il sera trop tard. Une fois que l’annonce sera faite, le gouvernement aura fait son lit. Et ce sera d’autant plus difficile de le faire changer d’idée, sur le fond ou sur la forme, à ce moment-là.

Par souci d’économie, le gouvernement Ford vise réduire les RLISS de 14 à 5. Cela bouleversera la gestion de la santé en Ontario, et cela aura aussi un impact sur la livraison des services aux Franco-Ontariens.

Les RLISS, ou LHIN pour « Local Health Integration Networks », ont été créés en 2006 par le gouvernement libéral de Dalton McGuinty. Il cherchait une manière d’insuffler une composante locale dans la planification, l’intégration et l’allocation des budgets de l’Ontario aux hôpitaux, centres de santé, résidences de personnes âgées, centres communautaires, etc.

Les RLISS sont l’équivalent ontarien des Régies régionales de santé et de services sociaux qui avaient cours au Québec à l’époque, et qui ont depuis été modifiées en agences, puis en centres intégrés de santé et de services sociaux, comme le CISSS de l’Outaouais.

Il n’existe pas de RLISS pour les francophones. À la place, six RLISS sont appuyés par des « entités de planification des services en français ». Dans l’Est de l’Ontario, le RLISS Champlain — c’est son nom — est appuyé par le Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario. Il y a eu toute une bagarre pour obtenir ces entités de planification, en 2007 et 2008, incluant un rapport spécial du Commissariat aux services en français, dirigé par François Boileau.

Le gouvernement Ford prévoit donc réduire le nombre de RLISS. Il n’a pas dit un mot sur les services en français : il faut espérer que la ministre des Services en français de l’Ontario, Caroline Mulroney, veille au grain... mieux que ce qu’elle a fait dans le dossier de l’Université de l’Ontario français et du Commissariat aux services en français. Les deux ont « officiellement » disparu pour des raisons budgétaires.

Selon la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, les RLISS coûtent environ 90 millions $ en frais d’administration. Une somme raisonnable, lorsque comparée aux Régies régionales du Québec, mais lorsque l’on cherche des économies, 90 millions $, c’est encore trop cher.

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage, dit le proverbe. La ministre de la Santé, Christine Elliott, s’en sert déjà pour dénigrer les RLISS existants. Elle dit que « le gouvernement libéral a échoué à développer une stratégie globale en matière de santé et nous avons hérité d’un système bureaucratique qui n’est pas fait pour les patients ». Ces deux phrases sont évidemment pleines de trous idéologiques et ont besoin d’être développées. On met tout sur le dos des libéraux. Ils n’ont pas tout bien fait, c’est clair. Mais les RLISS fonctionnent raisonnablement bien.

Le fardeau de la réforme des RLISS repose dorénavant sur le dos des conservateurs. Ce qui est à craindre, c’est une réforme superficielle, basée sur des idées politiques plutôt que des croyances profondes sur la livraison des services, et qui endommagera les soins de santé pour longtemps.