Air Canada souhaite acheter Air Transat pour la somme de 520 millions $.

Les prix en hausse avec Air Canada...

ÉDITORIAL / La décision d’Air Canada de se porter acquéreur d’Air Transat n’augure rien de bon pour les consommateurs canadiens. À moyen et long terme, la disparition d’un compétiteur dans le domaine hypercompétitif de l’aviation ne signifie que des prix plus élevés.

Tout n’est pas réglé encore. L’annonce survenue mercredi signifie qu’il y a une entente exclusive pour que les deux compétiteurs négocient à l’abri des regards pendant 30 jours. Au-delà de ça, l’entente ne tient plus.

La nouvelle d’Air Canada étonne car le transporteur national était le plus discret de toutes les déclarations d’intention survenues en marge de l’assemblée d’actionnaires d’Air Transat. Le magnat de l’immobilier Vincent Chiara et le patron de Québecor, Pierre-Karl Péladeau, ont été les deux premiers à confirmer leur intérêt. D’autres noms ont circulé : les deux autres grands compétiteurs canadiens, Westjet et Sunwing, ainsi que les sociétés étrangères KKR, des États-Unis, ou la chinoise Fosun, propriétaire du Cirque du Soleil. Mais ces dernières sont limitées à n’acheter que 49 % des actions et ne peuvent être majoritaires.

Tout ce temps-là, Air Canada se refusait à tout commentaire. 

Puis, la société d’investissement Onex, de Toronto, a confirmé son achat de Westjet, lundi, ce qui a dû provoquer un branle-bas chez Air Canada qui, 48 h plus tard, confirmait son offre de prise de contrôle.

Quatre secteurs d’affaires épicent la transaction. Elles touchent les vols nationaux, les vols internationaux, les vols destination soleil et le potentiel de diversification amorcé chez Air Transat, notamment dans l’immobilier de vacances. 

Air Transat est absente des vols nationaux : cela ne pose donc pas problème. Elle a environ 20 % des vols internationaux et des destinationsl soleil. Ensemble, Air Canada-Air Transat contrôlerait 63 % des parts de marché des vols internationaux, et 46 % des vols soleil. C’est beaucoup. Le Bureau de la concurrence devrait s’en préoccuper, surtout pour les vols internationaux, car ils diminueront en nombre et en variété de destinations. L’immobilier de vacances, ce sont des hôtels qu’Air Transat planifiait dans le sud. C’est une nouvelle donnée pour Air Canada et cela demeure une variable inconnue. 

Le prix de vente, à 520 millions $, demeure une aubaine. Quand on pense qu’Onex a versé 5 milliards $ pour Westjet... 

Le gouvernement du Québec n’est pas insensible à tout cela parce que le co-fondateur d’Air Transat est François Legault. Officiellement, le premier ministre n’est concerné que par le maintien du bureau-chef à Montréal. À terme, cela fera comme les prix qui augmenteront : l’administration disparaîtra. C’est écrit dans le ciel. Les assurances du gouvernement Legault ne sont que de vaines paroles. 

Mais il y a aussi la question des emplois, qui font l’objet d’un silence bien étudié des deux côtés. À terme également, il devrait y avoir rationalisation, quoique moins important que prévu. Côté avions, cela permettrait à Air Canada de rajeunir sa flotte avec les avions plus neufs d’Air Transat, mais qui sont loués.

Enfin, il y a les relations toujours tendues d’Air Canada avec le Commissariat aux langues officielles. Comme transporteur national, Air Canada est le seul qui a l’obligation de fournir des services en français, ce qu’il fait toujours avec difficulté. Il est constamment la principale cible des plaintes au Commissariat. Une prise de contrôle d’Air Transat pourrait l’aider, marginalement, en rendant ses équipes plus bilingues.

Somme toute, il aurait été souhaitable qu’un autre groupe, québécois de toute évidence, s’en porte acquéreur. Cela aurait garanti les emplois, la variété de vols, la guerre de prix résultant du maintien d’un quatrième transporteur... et le bureau-chef à Montréal. Toutes des choses à ne pas ignorer mais qui passeront dans le tordeur d’Air Canada.