François Legault

Les premières priorités

ÉDITORIAL / Lendemain d’élection et déjà le nouveau gouvernement s’active. François Legault a tenu sa première conférence de presse comme premier ministre désigné, hier, et il a tenu à faire deux choses. D’abord, dresser les premières priorités du programme électoral d’un gouvernement de la Coalition avenir Québec et dans un second temps, abaisser les attentes face à ses principaux engagements.

Nous ne parlons pas ici de trafiquer ses promesses électorales, ni de les diluer. Simplement de les recadrer afin de les rendre plus compréhensibles aux yeux de tous les Québécois. Un nouveau gouvernement arrive toujours avec un lot d’engagements, certains nationaux, d’autres régionaux (comme l’érection d’un nouvel hôpital en Outaouais et le parachèvement de l’autoroute 50), certains prioritaires, d’autres moins.

M. Legault a adopté un ton conciliant, se présentant comme le premier ministre rassembleur de tous les Québécois. Cela tombe sous le sens ? Pas pour les Ontariens où le nouveau premier ministre Doug Ford martèle que 2,3 millions de ses concitoyens l’ont élu, comme si la volonté d’une partie des Ontariens équivalait à l’ensemble de l’électorat. Cette intransigeance provoque des heurts inutiles avec les partis d’opposition qui dépassent de beaucoup les simples querelles partisanes. Il reste à voir si M. Ford continuera dans cette lignée, ou s’il calmera ses ardeurs.

En comparaison, M. Legault a beaucoup adouci son message ; d’autres diraient qu’il a ramené son parti vers le centre de l’échiquier politique alors qu’en 2014, il était nettement de centre droit. Il ne dispute plus le rôle de l’État québécois, ne veut pas effectuer des coupes dans les services gouvernementaux : il se contente de dire qu’il « veut remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois ». Même son engagement sur la baisse des niveaux d’immigration a été colmaté, ce qui a été perçu comme du louvoiement dans les derniers jours de la campagne électorale.

Le chef caquiste a parlé de trois « chantiers » : l’économie, l’éducation et la santé.

Sur les maternelles à quatre ans, il a bien pondéré sa pensée, rappelant qu’il visait un horizon « de cinq ans » et que la priorité était « le dépistage des difficultés d’apprentissage chez les enfants ». Voilà qui est sage. Et puis, personne ne croyait qu’il pourrait créer des dizaines de milliers de places dans les écoles pour les enfants de 4 ans. En les recadrant sur plusieurs années, M. Legault paraît accommodant et réaliste. En plus d’être pragmatique en soulignant le travail que les Centres de petite enfance peuvent faire dans le dossier. Ce n’est pas un Ford, qui mettrait la hache dedans.

En santé, il a demandé à ce que soient accélérées les enquêtes comparatives sur les salaires des médecins spécialistes avec l’Ontario, et suggéré « un plan rapide de rénovations des CHSLD et de services aux aînés ».

En réponse à une question, il a par ailleurs spécifié qu’un projet de loi sur une réforme du scrutin serait déposé avant la fin de l’année. Un autre engagement crucial en voie de se régler.

Maintenant, il reste à François Legault et ses 73 autres députés de la CAQ d’apprendre à gouverner, ce qui ne sera pas une mince tâche. Rappelons-nous les déboires de l’Action démocratique du Québec, en 2007, qui avait donné des signes d’essoufflement. La Coalition avenir Québec, à l’opposé, dispose de quatre années devant elle pour gouverner, et avec son ton rassembleur, M. Legault dresse bien la table. Nul besoin de se hâter, ou de tout vouloir faire tout de suite. L’empressement est mauvaise conseillère.