Pierre Jury
«Clairement, Airbnb a un problème avec la sécurité des appartements qu’elle loue», croit l'éditorialiste Pierre Jury.
«Clairement, Airbnb a un problème avec la sécurité des appartements qu’elle loue», croit l'éditorialiste Pierre Jury.

Les nouveaux défis avec Airbnb

ÉDITORIAL / À ses débuts, l’obsession avec Airbnb était que la société paie la taxe de vente. Il semblait incongru que les locateurs, fussent-ils à court terme, ne paient pas de taxe sur ce commerce électronique. Ils en paient bien quand ils vont à l’hôtel. Quelle est la différence ?

Il y avait une logique certaine derrière cette obsession et dans plusieurs régions, Airbnb s’est plié à une réglementation qui a été rédigée expressément pour la société californienne qui équivaut à un courtier en logement. L’initiative a été laissée aux municipalités : ainsi, les grandes agglomérations les plus touristiques comme Québec, Montréal, Ottawa et Toronto ont toutes adopté des règles différentes, mais somme toute, assez semblables. 

Même si la taxation d’Airbnb n’est pas vieille, l’expérience prend de l’âge. Et les problèmes surgissent. Comme à Ottawa où, cette semaine, une tuerie s’est passée au centre-ville.

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Mercredi matin, quatre personnes occupaient une résidence reconnue comme un Airbnb sur la rue Gilmour. Trois hommes ont subi des blessures, le quatrième est décédé. Ce ne serait pas la première fois que des coups de feu y sont tirés : un autre événement y serait survenu en mai dernier. Et un autre, pas loin, sur la même rue, en octobre 2018. 

Clairement, Airbnb a un problème avec la sécurité des appartements qu’elle loue. Comme le locateur également, qui est une entreprise et pas un individu comme tel. 

Airbnb offre environ 5000 appartements à Ottawa, 3000 à Québec. C’est bien davantage à Paris, où il y en aurait plus de 60 000, ou New York, où ils seraient 50 000. 

Il y a un attrait pour les propriétaires, car louer à la journée, même si on ne loue que quelques journées par mois, est bien plus payant que la location au mois ou à l’année. 

Il y a donc une diversion des appartements qui ne servent plus à la location à long terme, et qui sont plutôt utilisés pour les locations à court terme. 

Cet usage provoque bien d’autres soucis aux propriétaires (lorsqu’ils utilisent leurs vrais noms plutôt que des surnoms qui cachent leur vraie identité), aux voisins et à l’industrie de l’hôtellerie. 

D’abord, la notion même d’« économie de partage » perd de son sens quand une propriété est acquise pour être louée à gros prix via Airbnb. La question des zones touristiques porte à double-sens également. Le secteur de la rue Gilmour, à Ottawa, n’est pas touristique ; il est plutôt patrimonial. S’il y a un attrait certain pour ces quartiers qui donnent l’impression « de vivre chez l’habitant », ces « habitants », justement, commencent à en avoir plein le dos de voir leur vie de quartier modifiée à jamais par des touristes qui viennent et vont à toute heure du jour, qui louent pour y tenir des soirées bien arrosées... quand ce n’est que ça ! Un locataire avait déjà loué une unité pour y tourner un film porno... Sans parler des locataires qui utilisent des propriétés pour camoufler leurs activités illicites à l’abri des regards — il n’y a pas de caméras comme dans les hôtels —, ce qui pourrait bien être le cas dans la tuerie de la rue Gilmour. 

Dans les grandes villes canadiennes, Airbnb ne fait plus de la location « au noir » comme à ses débuts. Mais d’autres enjeux ont surgi depuis un an ou deux. 

Il faudra y voir rapidement et encore là la réglementation risque d’être en retard sur les pratiques commerciales. Et les municipalités n’ont pas les effectifs pour « policer » ce nouveau secteur économique. 

Une chose est sûre : le phénomène est à surveiller !