Patrick Brown

Les mauvaises motivations

ÉDITORIAL / Le Parti conservateur de l’Ontario flirte avec l’implosion depuis un mois et le retour de Patrick Brown à l’avant-scène n’aide en rien. Il aurait mieux fait de rester sur les lignes de côté pour nettoyer sa réputation des allégations de malversations sexuelles pendant que le parti tente de reprendre le pouvoir.

Évidemment, cela aurait nécessité une grosse dose d’humilité de la part de M. Brown qui était en train de rebâtir le Parti PC après le fiasco des années de Tim Hudak. Cela lui aurait commandé de céder sous le poids des allégations, aussi frivoles estime-t-il qu’elles sont. Oui, ce sont d’énormes sacrifices à accepter de la part d’un politicien qui voguait sur une vague de succès depuis trois ans. Il était sorti de nulle part ou presque, des banquettes arrière du Parti conservateur fédéral, pour ravir la direction de son « frère politique », le Parti conservateur de l’Ontario. À la force de travail, de détermination et d’une dose de talent, il avait rossé la favorite Christine Elliott. Depuis, il n’avait pas ralenti la cadence, travaillant la base militante du parti, recollant les pièces déchirées d’un puzzle à deux têtes (le conservatisme social et le conservatisme fiscal). Son programme, « La garantie aux gens », ramenait le Parti PC vers le centre en mettant de côté les attaques contre les cours d’éducation sexuelle et endossant une taxe sur le carbone.

Maintenant, Patrick Brown est en train de gaspiller tous ces efforts.

Il s’accroche au poste dont il a dû démissionner en trombe, le 25 janvier, alors que le réseau CTV rendait publiques des allégations d’inconduite sexuelle de la part de deux jeunes femmes de son entourage. Après quelques jours de mutisme, il a résolu de lutter contre ce qu’il estime être du salissage. La cause est devant les tribunaux. S’il est sincèrement innocent, il n’avait qu’à attendre en rongeant son frein. C’est dur sur l’ego de vouloir blanchir sa réputation, mais c’est la meilleure manière, surtout pour une personnalité publique de son rang.

En espérant se succéder à lui-même, il place son parti dans une situation intenable. Le Parti PC n’avait pas le choix d’accepter sa candidature : ne pas le faire aurait provoqué un schisme entre fidèles de Patrick Brown et les autres. En pleine course à la direction, tandis que quatre candidats essaient de se démarquer dans les trois semaines qu’il reste, les querelles intestines autour de M. Brown risquaient de causer de la friture dans le débat public. La bonne chose dans son entêtement, c’est que les membres du Parti PC se prononceront sur son avenir politique une fois pour toutes. S’il perd le leadership, il lui faudra des années pour s’en remettre, si même cela est faisable. S’il avait mordu son frein et été blanchi après deux ou trois ans de querelles juridiques, il aurait théoriquement pu renouer avec la vie publique. À 40 ans, il dispose encore de bien des années devant lui. Mais à son âge, on est pressé, même si la fougue est parfois mauvaise conseillère.

Patrick Brown aurait dû profiter de sages conseils pour mettre sa carrière en veilleuse. Même si c’est hyper-difficile à accepter, même s’il doit être convaincu dans son âme et conscience qu’il est innocent.

Le Parti PC n’est plus à l’ère Patrick Brown. Il est ailleurs, cette page est tournée. Le 10 mars, nous saurons s’il favorise Christine Elliott, Doug Ford ou Caroline Mulroney (Tanya Granic Allen défend des idées trop marginales pour l’emporter). Patrick Brown ne cherche qu’à se faire justice à lui-même en s’agrippant à sa carrière, et c’est l’une des pires raisons de faire de la politique.