La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne

Les libéraux visent le NPD en 2018

Plusieurs estiment que le Parti progressiste-conservateur est le mieux placé pour ravir le pouvoir aux libéraux en Ontario. Kathleen Wynne ne doit pas partager cet avis, car elle vise carrément le centre-gauche avec ses récentes réformes. Hier, la première ministre a annoncé la hausse du salaire minimum à 15 $ en 2018, une augmentation de 3,60 $ en 18 mois.
Le mois dernier, elle avait lancé un projet-pilote de revenu garanti dans trois communautés ontariennes : 17 000 $ pour un célibataire, 24 000 $ pour un couple, sans condition. Et un peu avant, Mme Wynne espérait mettre fin à la grogne des tarifs d'électricité en les réduisant de 25 %. 
C'est comme si les libéraux estimaient que la réelle menace à leur réélection, en 2018, venait du camp du Nouveau Parti démocratique...
Le Droit a plusieurs fois reproché au gouvernement Wynne de ne pas avoir de boussole politique. De ne pas gérer l'Ontario avec un objectif précis, voguant au gré des problèmes qui surgissent inévitablement. 
De toute évidence, cela est en train de changer.
L'échéance électorale en Ontario est prévue pour juin 2018 et avec ces trois initiatives annoncées presque coup sur coup, les libéraux ont bien nettement fait leur lit. Cela a le mérite d'être clair pour tous.
Cette hausse prévue du salaire minimum est loin d'être anodine. L'Ontario le fera grimper à 14 $ dès janvier 2018 et à 15 $ en janvier 2019. Cela devrait toucher quelque 650 000 travailleurs qui oeuvrent au salaire minimum. Surtout des femmes, a précisé Kathleen Wynne.
Certes, il est à peu près impossible pour une personne seule de subvenir à ses besoins avec 11,40 $ l'heure. Cela apporte un peu d'eau au moulin lorsqu'il s'agit d'un revenu d'appoint, ou un second ou troisième revenu dans la maisonnée. Mais un seul revenu ? Avec le coût du logement dans les plus grandes villes ontariennes ? Et les augmentations passées, de l'ordre de 10 à 25 cents par an, ne suffisaient pas à compenser les augmentations du coût de la vie.
Mme Wynne a aussi prévu bonifier d'autres conditions de travail : une troisième semaine de vacances universelle après cinq ans chez un employeur, par exemple.
Il faudra surveiller la réaction des milieux patronaux, au cours des prochains jours. La moindre augmentation de salaire fait sortir de ses gonds la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, un important lobby patronal. Une hausse de 31,5 % sur 18 mois doit bien catastropher les dirigeants d'entreprise !
En amenant le salaire minimum à 15 $, l'Ontario marche dans les traces des néo-démocrates en Alberta, où la première ministre Rachel Notley l'a aussi porté de 12,20 $ à 13,60 $ cette année, et prévu à 15 $ en octobre 2018. Mais l'Ontario compétitionne peu avec l'Alberta, et bien plus avec le Québec, où le minimum vient d'être porté à 11,25 $ (avec un coût de la vie bien inférieur, cependant). Craindra-t-on des transferts d'emploi de l'Ontario vers le Québec, spécialement dans une région frontalière comme Ottawa-Gatineau, par exemple ? Il faudra être aux aguets.
À tout le moins, Kathleen Wynne vient de dévoiler son vrai visage en vue des prochaines élections. Les libéraux ne laisseront pas le pouvoir leur filer entre les doigts, au profit des conservateurs ou des néo-démocrates. Et pour les gagne-petits, cela représente une rare bouffée d'air frais... à moins que des emplois ne disparaissent !