Une des maquettes proposées lors du dépôt de la soumission d'Ottawa-Gatineau pour accueillir le deuxième quartier général d'Amazon.

Les leçons d’Amazon

ÉDITORIAL / Pour Ottawa-Gatineau, la possibilité d’accueillir le prochain quartier général du géant Amazon était hautement improbable ; la déception se gère mieux qu’à Montréal, par exemple, où plusieurs estimaient que la métropole québécoise avait une réelle chance de l’emporter.

De fait, celles de Montréal étaient assez minces elles aussi. Au Canada, seule Toronto a percé la liste des 238 prétendants et se retrouve aujourd’hui parmi les 20 finalistes. Les grandes agglomérations des États-Unis se retrouvent sur la liste : Boston, Chicago, Los Angeles, New York, Washington, Miami, Atlanta, etc. Il y en a aussi de plus petites comme Denver, Columbus et Austin, mais aussi Raleigh... et Newark. 

Difficile d’expliquer pourquoi ces villes américaines ont passé le premier tri pour ce qu’Amazon a baptisé HQ2 qui à terme regroupera quelque 50 000 employés, et qui nécessitera des investissements globaux de l’ordre de 5 milliards $. La société basée jusqu’ici à Portland n’a jamais expliqué en détail selon quels critères elle ferait son choix. Il n’y avait qu’une série d’indicateurs comme un grand aéroport, une population minimale de 1 million d’habitants et une masse critique de travailleurs et de diplômés en haute technologie.

Se chuchote aussi en coulisse l’importance des incitatifs financiers que les gouvernements locaux peuvent offrir. À ce chapitre, le New Jersey s’est vite illustré par sa largesse annoncée ; et quelle ville cet état a-t-il mise de l’avant ? Newark... Les paris sont ouverts !

Depuis l’automne, deux autres facteurs pipent les dés du côté des États-Unis : la réforme fiscale du gouvernement de Donald Trump et la menace qui pèse sur l’Accord sur le libre-échange nord-américain. 

Au Canada, Ottawa à elle seule ne répondait pas à l’exigence de la population minimale ; c’est ainsi qu’elle n’a pas eu le choix de tendre la main à Gatineau. Cette coopération nécessaire, et les liens que les organisations ont dû tisser, devraient être le principal héritage dont bénéficiera le développement économique régional. Ainsi, les chances d’Ottawa-Gatineau étaient très, très minces, mais il y a eu des avancées dont la région de la capitale devrait profiter à court ou moyen terme. Invest Ottawa et Développement économique Ottawa n’ont pas eu le choix de développer une relation d’affaires qui va au-delà de la politesse avec la Commission de développement économique de Gatineau et ID Gatineau ; ces échanges, dit-on, ont percolé dans toutes les équipes de ces structures et permettent déjà une collaboration dans d’autres dossiers que personne ne soupçonnait il y a six mois à peine. Cela transcrit de façon concrète le slogan souvent répété de « deux villes, une région économique ». Si la candidature pour le prochain QG d’Amazon a facilité cela pour Ottawa et Gatineau, c’est déjà un développement positif. 

Du point de vue de Gatineau, le travail sur le dossier d’Amazon a par ailleurs offert un autre exemple que l’Outaouais ne compte pas beaucoup aux yeux de Québec. On n’en avait que pour Montréal, Montréal, Montréal... ce qu’a bien illustré la couverture médiatique, hier. Sur les ondes de Radio-Canada, par exemple, à peine une mention d’Ottawa-Gatineau. Le gouvernement de Philippe Couillard était pourtant bien au courant de la candidature conjointe de l’Outaouais mais les appels sont restés lettre morte. Pas de « On appuie Montréal », pas de non catégorique, juste... rien. 

Les cinq députés de l’Outaouais à l’Assemblée nationale, tous libéraux, dont deux ministres, n’auront même pas réussi à obtenir une réponse de leur gouvernement.

Est-ce que des élections en 2018 pourraient changer la donne ? 

Il est légitime de se poser la question.