Rencontre éditoriale avec le commissaire aux langues officielles, François Boileau.

Les embûches de la désignation

ÉDITORIAL / Les services en français en Ontario sont parsemés d’embûches. On a cru que la désignation officielle d’organismes qui s’engagent à un certain niveau de services réglerait la question. Le Commissaire aux services en français vient de démontrer que c’est loin d’être le cas. En quelques mots, ce n’est pas parce qu’une institution est « désignée » pour ses services en français qu’elle a encore et toujours les outils pour le faire.

Il est illusoire de conclure que parce que la province a promulgué une Loi sur les services en français en 1989, que tous les services gouvernementaux allaient offrir un accès en français mur à mur, comme par magie. Une bonne dose de pragmatisme était nécessaire. Quatre grands champs d’action ont été reconnus à l’époque : la santé, les services sociaux, l’aide à l’enfance et l’éducation. À l’intérieur de ces champs, un certain nombre d’institutions ont été invitées à appuyer leur offre de services qui serait reconnue par une désignation officielle.

La Loi sur les services en français a aujourd’hui plus de 25 ans. Au fil des ans, de nombreuses institutions ont obtenu leur désignation mais il y a des ratés. L’étude indépendante du Commissaire aux services en français dresse un premier bilan préoccupant.

De tous les organismes qui ont volontairement adhéré à la désignation, environ la moitié possède un site Internet en français, a des employés qui parlent français et qui s’affichent ainsi, rend compte annuellement de leurs services en français à leur conseil d’administration, et a un ou des francophones à ses instances décisionnelles. Le français se limite trop souvent à un simple affichage ou à un accueil bilingue (autrement connue comme « l’offre active »).

Bref, les Franco-Ontariens se butent trop souvent à un bilinguisme de façade. Ça leur rappelle amèrement leur statut minoritaire.

Et ça, rappelons-le, c’est dans les institutions qui avaient mis en place des mécanismes pour répondre à la demande en français !

Là où certains crieraient à l’injustice et à la mauvaise foi, le commissaire François Boileau, optimiste de nature, propose des pistes pour améliorer les choses. Comme de faire de la désignation un « label de qualité » public qui agirait comme rappel permanent et source de fierté. C’est très administratif tout cela mais à l’interne, le commissaire croit que cela donnera des résultats. Souhaitons-le. Le processus de désignation, fort bien fait au départ, paraît très exigeant : il propose de réviser les 34 critères pour « les adapter à la réalité de toutes les régions de l’Ontario ». Est-ce que ce pourrait être à la baisse ? Évidemment pas, croit-il. Il suggère aussi au ministère des Affaires francophones de rendre le processus de désignation plus clair et transparent, et d’accompagner les organismes, financièrement s’il le faut (mais modestement). Aussi qu’il s’assure régulièrement de leur conformité face à la Loi sur les services en français.

Sans surprise, la ministre Marie-France Lalonde a accueilli favorablement le rapport de M. Boileau. Nous sommes en année électorale, après tout. Le contraire aurait été surprenant. Mais qu’en dirait un gouvernement conservateur ?

Comme dans son rapport sur l’éducation postsecondaire dans le centre-sud-ouest de l’Ontario, François Boileau a démontré que malgré les bonnes volontés, les services en français souffrent d’un manque de moyens et de volonté. Plus on s’éloigne de la masse démographique de l’est de l’Ontario, plus les manques sont graves. Le retard à combler est immense et ce rapport sert de jalon vers l’avant, dans la mesure où il y a un gouvernement ouvert à cela.