Le premier ministre Justin Trudeau et la ministre de Patrimoine canadien Mélanie Joly ont annoncé, mercredi, l'investissement de 500 millions sur cinq ans pour le renforcement des langues officielles.

Les deux clés du Plan d’action

ÉDITORIAL / Depuis 2003, le gouvernement fédéral a déposé quatre Plans d’action pour les langues officielles, le plus récent étant arrivé ce mercredi. C’est à la dernière minute car il entre en vigueur le 1er avril...

Ces Plans d’action — ou Feuilles de route, du temps des conservateurs — englobent tout ce que le fédéral fait sur le plan des langues officielles. Enfin, pas spécifiquement puisque plusieurs initiatives, comme le Programme de contestation judiciaire, le rétablissement du Collège militaire royal de Saint-Jean ou certaines dispositions du programme Emplois d’été Canada, ont déjà obtenu leur enveloppe budgétaire. Cela porte à confusion et fausse les données. Même les investissements fédéraux des documents officiels biaisent les informations ; ce sont bien 588 millions $ de plus sur cinq ans, comme l’avait plus nettement laissé entendre le budget fédéral d’il y a trois semaines.

N’empêche, le Plan d’action dresse un bilan très dur de l’action fédérale dans le secteur des langues officielles. « En 1971, les francophones des communautés minoritaires hors Québec représentaient 6,1 % de la population. En 2016, ce pourcentage avait diminué à 3,8 % (...) Si nous ne passons pas à l’action, cette proportion ne sera que de 3 % d’ici 2036... »

Ouf. Il s’agit d’un cri d’alarme.

Donc, « nous prenons des mesures pour stabiliser cette proportion à 4 %. »

Ce pas de 3,8 à 4 % semble très faible, mais il ne l’est pas du tout. Depuis 15 ans qu’Ottawa agit pour stabiliser ce taux, sans succès. Non seulement ne parle-t-il pas de le stabiliser, mais bien de renverser la tendance et de l’augmenter : voilà qui est ambitieux.

Il faut agir à deux niveaux en même temps : de faire en sorte de régulariser la situation actuelle à bien des niveaux, et d’imprimer un nouvel essor là où il est possible de le faire. Ce n’est pas sorcier, c’est en éducation et en immigration qu’il faut agir en priorité. Mais il faut des résultats plus probants, cette fois.

En immigration tout particulièrement, le nouveau Plan d’action prévoit 40,8 millions $ sur cinq ans pour que les nouveaux arrivants francophones représentent 4,4 % de l’immigration totale d’ici 2023. Les programmes Entrée express et Mobilité francophone seront bonifiés dans une nouvelle stratégie globale d’immigration : c’est crucial que cette fois, ça fonctionne.

L’éducation est le second volet : une fois les immigrants francophones arrivés ici, il s’agit de les intégrer à la population scolaire francophone. Ottawa prévoit 149,1 millions $ par an pour s’assurer d’avoir des enseignants francophones, et tout ce qui vient avec, pour les accueillir.

Il y en a plusieurs autres, comme les 500 000 $ par an pour appuyer le caractère bilingue d’Ottawa, mais c’est en éducation et en immigration que ça se passera.

Un mot en terminant sur les réactions des groupes francophones. Ils ont passé l’essentiel de la dernière année à crier au loup, pour applaudir à tout rompre une fois l’annonce venue. « Cela donne un nouveau souffle à la francophonie », a déclaré le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Jean Johnson. « Nous sommes heureux que le gouvernement canadien a pris en considération plusieurs recommandations formulées », a pour sa part commenté Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

Leurs critiques sonnaient faux ; ils avaient peu à offrir en contrepartie et se satisfont de ce qu’Ottawa consent à leur donner. Ce n’est pas rien… mais qu’est-ce que c’aurait été si tel avait été le cas ?