Aujourd'hui, 3 mai, des citoyens soucieux de l'état des droits sociaux soulignent la Journée de la liberté de la presse.

Les cinq assauts sur la presse

ÉDITORIAL/ Aujourd'hui, 3 mai, des citoyens soucieux de l'état des droits sociaux soulignent la Journée de la liberté de la presse. Ce fondement de nos sociétés démocratiques est trop souvent malmené, et les dernières années ne montrent aucun répit, au contraire !
Comme le droit de vote, il faut d'abord réaliser que la liberté de la presse doit être célébrée pour ce qu'elle est. Puis, il faut réagir car si rien n'est fait, concrètement, pour résister et renverser cette tendance, nos démocraties perdront un élément-clef de ce qui les définit.
La liberté de la presse se vit très différemment selon où nous nous trouvons dans le monde. Évidemment, cela relève de la catastrophe que 827 journalistes aient été tués au cours de la dernière décennie, selon l'UNESCO. Il y aura toujours un risque à oeuvrer dans des régions en guerre où la vie n'a que bien peu de valeur et l'impunité des coupables si commune.
La disparition de milliers d'emplois de journalistes ne se compare évidemment pas aux pertes de vies humaines. Mais elle a des effets délétères sur le niveau d'information de la population, sur leur capacité d'exercer leurs devoirs démocratiques, sur l'impunité des puissants à bafouer les lois et l'éthique, etc. Selon la Guide canadienne des médias, 10 000 emplois de journalistes auraient disparu au Canada seulement depuis cinq ans. Tous les médias sont touchés, toutes les villes écopent. 
Depuis une vingtaine d'années, les médias subissent une série d'assauts qui les affaiblissent toujours davantage. Le plus récent, l'assaut sur leur crédibilité, a été nourri par le président des Etats-Unis, Donald Trump, un populiste qui qualifie de « fausses nouvelles » (« fake news ») les informations qui ne lui plaisent pas, ou qui le montrent sous un jour défavorable. À ses yeux, les médias sont devenus les « ennemis » du peuple américain. Ils subissent aussi des assauts politiques en ne répétant pas assez fidèlement au goût des décideurs les informations qu'ils estiment positives. Les politiciens rend difficile la recherche de la vérité : l'accès aux élus, aux fonctionnaires, aux informations se complique, ou se tarit considérablement. Le gouvernement de Stephen Harper était reconnu pour étouffer les canaux de communication. Celui de Justin Trudeau, qui se montre plus ouvert, n'a cependant pas encore bougé sur la modernisation de la Loi sur l'accès à l'information qui figure parmi ses engagements électoraux de 2015.
Moins courants, les médias dans certaines régions subissent des assauts linguistiques. À Ottawa-Gatineau, par exemple, plusieurs citoyens optent pour des informations dans une langue autre que celle qu'ils utilisent tous les jours. Ici, ce transfert se fait beaucoup vers l'anglais, à la télé, à la radio, aux médias écrits. La force des médias francophones s'étiole d'autant.
Les assauts démographiques ont été largement rapportés. Les moins de 35 ans n'ont pas imité les habitudes de consommation médiatique de leurs parents. Le lectorat ne se régénère plus. Les technologies mobiles, l'immédiateté de l'information et sa gratuité généralisée grugent sans cesse l'intérêt des citoyens pour les médias traditionnels. Pourtant, la complexification du monde et de ses enjeux exige des gens mieux informés que jamais.
Tous ces phénomènes se composent pour un dernier assaut, économique celui-là. Le modèle financier des médias, depuis un siècle basé sur la publicité et le lectorat, est remis en question, mais rien ne le remplace. Dans ce cadre, souligner la Journée de la liberté de la presse, c'est bien, mais combien de temps célébrerons-nous ?