La nouvelle norme « véhicules zéro émission » constitue la plus récente tentative de Québec de dicter une nouvelle direction au marché de l’automobile.

Les bien-pensants des autos « vertes »

ÉDITORIAL / En 2018, le Québec hausse la pression pour encourager la conversion vers un parc automobile à faible émission polluante. Il vise cette fois les fabricants par un système de crédits qu’ils obtiendront en vendant un volume donné de véhicules « verts ». Plutôt qu’applaudir, le mouvement environnementaliste Équiterre a reproché au gouvernement de Philippe Couillard de ne pas en faire suffisamment ; il propose de quintupler (!) l’objectif du Québec à l’horizon 2025. Cette cible est loufoque dans l’état actuel du marché.

Le Québec a mis en place un train de mesures pour doper la demande d’autos peu ou pas polluantes. La nouvelle norme « véhicules zéro émission » constitue sa plus récente tentative de dicter une nouvelle direction au marché de l’automobile. Mais la réalité est handicapée par trois freins qu’Équiterre refuse de regarder en face. D’abord, le Québec doit composer avec une géographie peu propice pour les véhicules électriques d’aujourd’hui. Les longues distances entre ses principaux centres urbains de Montréal, Québec, Saguenay, Sherbrooke et Gatineau — toutes à environ 200 km de distance — nécessitent des autonomies de recharge à la limite, et au-delà, de ce que les fabricants offrent, surtout en période hivernale. Et enfin, les véhicules zéro émission se vendent encore à des prix assez élevés, même avec les incitatifs de l’État pour subventionner le prix de vente et l’installation de bornes de chargement rapide. 

Ce n’est pas la faute des gouvernements au Canada si Tesla, le constructeur le plus audacieux, ne fournit pas à la demande !

Alors on peut bien tirer sur la tige pour que la plante pousse plus vite, la nature n’obéit pas à cette loi concoctée par des bien-pensants qui, à leurs réflexes idéologiques, ne vivent pas les mêmes contraintes que la majorité des automobilistes, et en particulier les jeunes familles qui doivent jongler avec des contraintes budgétaires, des horaires et des impératifs de garderies et d’écoles, l’éloignement des propriétés abordables et des emplois encore mal adaptés à la vie de quartier. On espère y arriver un jour, mais c’est l’exception que les familles qui peuvent compter sur l’emploi, l’école et la maison dans un rayon de quelques kilomètres...

Équiterre fausse encore plus la donne en citant l’exemple de la Norvège comme mesure étalon pour notre expérience. Là, malgré les rigueurs du climat, plus de 40 % du parc automobile est vert. Et c’est « un immense pays », avance Équiterre. Immense... comme le Canada et le Québec ? Absolument pas. Et puis 75 % de sa population est concentrée dans un rayon d’environ 100 km de la capitale. L’autonomie des véhicules électriques à 150 km ne s’avère donc pas un souci pour bien des automobilistes. 

Argument non négligeable, la Norvège est le pays avec les plus fortes réserves financières au monde... grâce au pétrole de la mer du Nord ! C’est donc en bonne partie avec l’argent « sale » du pétrole que les Norvégiens se paient des bornes de recharge électrique à tous les 50 km, ce que le Québec tente de faire et que le Canada ne peut que rêver compte tenu de sa réelle immensité. 

Si l’Alberta refuse de subventionner les autos vertes, par exemple, c’est que son économie est basée sur le pétrole (une politique à courte vue), qu’elle n’a pas l’électricité abordable du Québec et qu’il y subsiste encore une « culture du pick-up » qui mettra longtemps à évoluer. Certes, le Québec peut faire mieux, le Canada, beaucoup mieux. Ce n’est pas en encourageant un sentiment de culpabilité qu’Équiterre avancera le message d’une planète plus verte, mais en proposant des modèles novateurs et adaptés à nos milieux de vie.