L'aménagement des berges de la rivière Gatineau dans le secteur Wakefield est un sujet chaud en ce moment à Wakefield.

Les berges de la discorde

ÉDITORIAL / Pendant plusieurs semaines, la population de La Pêche s'est déchirée à propos d'un projet d'aménagement des berges dans le secteur Wakefield. Si les fusions municipales ont donné aux gouvernements locaux une envergure renouvelée pour embrasser des projets plus ambitieux, elles ont aussi offert à des résidants des occasions de s'objecter à tout ce qui ne contribue pas spécifiquement à leur petit milieu de vie.
Ainsi, ce projet d'infrastructure touristique pour Wakefield a fait face à l'opposition de centaines de citoyens qui s'opposent à investir de leurs taxes municipales dans ce secteur choyé de la municipalité. Choyé dans le sens géographique, car Wakefield a toujours profité de la rivière Gatineau, pour naître d'abord, en 1830, puis prospérer. Après sa vocation industrielle, elle est devenue destination touristique, ce qui s'affirme toujours aujourd'hui.
Cette vocation renouvelée doit être nourrie, comme le soulignait la présidente de Tourisme Outaouais, Manuela Texieira, dans nos pages, hier. Depuis plusieurs années, le tourisme est un des vecteurs reconnus du développement l'Outaouais. La perspective d'une subvention de 479 000 $ du fédéral pour ce projet consoliderait davantage son rôle tant d'un point de vue régional que de moteur économique au sein de la municipalité de La Pêche. La fusion de Wakefield avec des secteurs comme Farrellton, Lac-des-Loups, Rupert, Sainte-Cécile-de-Masham, etc. date peut-être de 1975 mais ce projet a ramené à la surface des divisions encore bien réelles. 
Au cours des dernières semaines, le maire Robert Bussières a travaillé fort pour sauvegarder ce projet d'infrastructure municipale. Il s'est trop souvent retrouvé parmi les rares voix locales qui défendaient une pensée régionale pour La Pêche. L'opposition a récolté près de 700 voix pour contester un règlement d'emprunt de 400 000 $, alors que 500 étaient nécessaires.
Cette opposition concertée amène par ailleurs de l'eau au moulin pour les supporters du projet de loi 122 sur l'autonomie des villes. Le projet de loi, qui est à l'étude à Québec, modifierait certains recours à des référendums municipaux. L'ouverture de registres d'opposants à un projet doit récolter 500 voix pour provoquer la tenue d'un coûteux référendum, alors qu'il n'existe aucun moyen pour les contribuables qui l'appuient de faire contrepoids. Cela place les décideurs municipaux dans une bien inconfortable position. Le maire Bussières s'est retrouvé dans de tels draps, ces dernières semaines, et les accusations de mauvaise foi ont fusé tant de son côté que de celui du conseiller Michel Gervais, l'une des principales voix contre le projet d'aménagement des berges de Wakefield. Si celles des citoyens se sont bien fait entendre, la démocratie n'en est pas sortie grandie et il faut expérer que le projet de loi 122 identifie des pistes de solution pour des problèmes locaux de développement urbain.
Pour dénouer l'impasse, le maire Bussière a proposé de modifier le financement des 400 000 $ nécessaires. Plutôt qu'un seul règlement d'emprunt, la municipalité puisera la somme de diverses sources. Plusieurs adversaires du projet se sont ralliés, incluant M. Gervais.
Certains diront que ces pirouettes financières auront permis de concrétiser un meilleur projet pour Wakefield et pour tous les contribuables de La Pêche. Il y a du vrai dans cette position. Mais elles camouflent aussi le manque de perspective de certains contribuables tout autant que l'abus potentiel des référendums que le projet de loi 122 pourrait régler.