Le nouveau premier ministre François Legault a réservé peu de surprises dans ce premier cabinet paritaire de 26 membres, les pronostics ont somme toute été respectés.

Les attentes du cabinet Legault

ÉDITORIAL / L’assermentation d’un gouvernement est toujours un moment émouvant. C’est le haut de la vague, le moment où les sourires des favorisés sont larges et sincères.

Le nouveau premier ministre François Legault a réservé peu de surprises dans ce premier cabinet paritaire de 26 membres, les pronostics ont somme toute été respectés.

Parlons d’économie tout d’abord, compte tenu de son importance. Éric Girard aux Finances, Christian Dubé au Conseil du trésor et Pierre Fitzgibbon, à l’Économie : ce trio évoque celui des libéraux de 2014 dont l’effet aura été marquant. En imposant des politiques d’austérité de manière aveugle, Carlos Leitao, feu Jacques Daoust et Martin Coiteux ont sonné le glas du gouvernement de Philippe Couillard, quatre ans plus tard. Ce ne sera pas la même chose pour l’équipe de la Coalition avenir Québec qui jouit, d’une certaine manière, des bienfaits de ceux qui les ont précédés : nommément, un budget en bonne santé, ayant généré des milliards de surplus. Ils ont la tête de l’emploi, l’air sombre et sérieux, avec de solides états de service dans des institutions financières.

Nous entendrons rapidement parler de M. Girard. Il doit verser de l’argent aux Québécois, comme l’a demandé le premier ministre, et ce sera fait bien avant Noël.

Ce sera bien plus facile que l’engagement de son gouvernement d’assurer des visites chez le médecin en 90 minutes, alors que l’attente atteint les 16 à 20 h en Outaouais. Une tâche à laquelle la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, faillira nécessairement. Mais saura-t-elle faire vivre l’espoir ? Nous attendons cela depuis les années de M. Couillard comme ministre, il y a 14 ans.

À court terme, la pression sera toute sur les épaules d’un jeune dauphin de 31 ans de M. Legault, Simon Jolin-Barrette. Avec l’immigration, il a obtenu le double mandat de livrer un nouveau projet de laïcité et de réduire le nombre de nouveaux arrivants de 50 000 à 40 000. Le premier sera délicat alors que le nouveau gouvernement inclut les enseignants dans la catégorie de gens qui incarnent « l’autorité », en plus des policiers et des juges. Il restera à voir comment il le fera, et quelle sorte de réaction cela suscitera.

M. Legault a tout de même été limpide : « Nous avons obtenu un mandat clair sur la laïcité. Nous allons respecter notre engagement. » Ce qui ne laisse pas beaucoup de place à des arrangements.

Un mot à propos de Mathieu Lacombe, propulsé au cabinet à titre de ministre de la Famille. Plus jeune membre du cabinet à 30 ans, il a été le chouchou de l’assermentation, hier, avec ses deux fils qui sont spontanément allés le rejoindre au podium. Il apprendra que ça file vite, un ministère, et qu’il n’a pas beaucoup de temps pour sa propre famille... lui qui avait quitté son poste de lecteur des nouvelles de TVA, il y a quelques mois à peine, justement pour être plus près d’elle. Par chance, la Famille n’est pas un ministère de grande importance dans le cabinet Legault. Tous les yeux seront rivés sur les dossiers de la laïcité, de la santé et de l’économie, ce qui procurera du précieux temps de préparation au jeune ministre Lacombe.

François Legault a d’immenses attentes placées en lui et son gouvernement. Il y aura nécessairement du cafouillage mais il devra se concentrer sur les éléments essentiels que sont la santé et l’économie. Pour l’économie, il aura du temps parce que les finances sont en ordre. Pour la santé, ce sera très, très difficile. C’est là qu’il profitera de la marge de manœuvre que lui procurera la laïcité, s’il sait tirer son épingle du jeu.