Les amis

Tous ces mois où Jean Charest rejetait l'idée de créer une Commission d'enquête sur l'industrie de la construction, l'opinion populaire croyait que ce refus était basé sur des considérations politiques. Il devait craindre, se disait-on, que des révélations sur du financement occulte ne viennent entacher le Parti libéral du Québec...
Les libéraux, de fait, ont été malmenés lorsque des noms de ministres figuraient sur des listes d'invités aux cocktails au club privé 357c, notamment.
La population en est presque venue à oublier que le Parti québécois a lui aussi quelques squelettes dans son placard, notamment des liens historiques avec le mouvement syndical. Le mari de la première ministre Pauline Marois, Claude Blanchet, a dirigé pendant 14 ans le Fonds de solidarité FTQ et il connaît bien tous ces dirigeants syndicaux qui paradent ces semaines-ci devant la commission Charbonneau.
C'est ainsi que quelques paroles entendues à la commission, mardi et mercredi, ont rappelé ces liens entre péquistes et la FTQ.
D'abord, la commission a entendu une conversation de 2009 entre le témoin de la semaine, Jean Lavallée, président de la FTQ Construction, et Michel Arsenault, président de la FTQ. Ce dernier confie qu'il parlera à « Pauline » pour la décourager de demander une enquête publique sur la construction.
À l'époque, cela faisait des mois que Sylvie Roy, de la défunte Action démocratique du Québec, demandait une telle enquête. Les partis d'opposition sont vite à réclamer des enquêtes publiques sur tout ce qu'il leur semble être l'ombre d'un scandale. Ce n'est pas parce que le Parti québécois a mis cinq mois avant d'appuyer les appels de Mme Roy que cela justifie la théorie d'un complot entre Mme Marois et la FTQ.
M. Arsenault parle aussi d'un deal avec M. Blanchet. Voilà qui est plus inquiétant. Faisait-il référence au financement du Fonds de la FTQ de la société Capital BLF que le mari de Mme Marois venait de lancer (et dont il vient de vendre toutes ses parts) ? Ou M. Arsenault réfère-t-il à un autre deal quelconque ?
Sur cela et sur sa connaissance profonde de la FTQ, de son Fonds et de la SOLIM, Claude Blanchet devrait être un témoin de choix pour la commission.
Hier, c'était au tour de la ministre de la Politique industrielle, Élaine Zakaïb, d'entendre sa voix dans une conversation avec M. Arsenault. Les libéraux ont vite réclamé sa démission pour soupçon d'avoir caché des informations. La ministre s'est défendue avec vigueur.
Ces échanges téléphoniques entre des partenaires d'affaires, voire des amis, soulèvent davantage de questions qu'elles n'en résolvent. Si M. Blanchet est un témoin utile à la commission, Mme Zakaïb n'a pas à quitter son poste à la lueur de ce qui a été entendu jusqu'ici.
Tout cela rappelle aussi que les appels du PQ à la création d'une commission d'enquête, il y a quatre ans, viennent hanter Pauline Marois aujourd'hui. À un moment bien inopportun, où elle songerait à déclencher des élections générales...