Sylvie Fréchette, championne olympique devenue candidate conservatrice

L’épouvantail derrière Fréchette

ÉDITORIAL / Depuis lundi, l’entrée en scène de Sylvie Fréchette a de quoi réjouir le Parti conservateur du Canada. Du même coup, cela met les projecteurs sur l’une des questions de fond au pays: l’avortement.

Son arrivée a été saluée. La nageuse synchronisée de 52 ans s’avère une véritable vedette et le lieutenant du parti au Québec, Alain Rayes, peut se féliciter de l’avoir convaincu. Elle n’a reculé devant aucune entrevue, ne s’est effacée devant aucun micro. Elle donne tous les indices d’être une candidate de choix, prête à relever le défi. Comme les autres personnalités sportives, un bastion dans lequel les partis aiment bien puiser, car cela leur procure une visibilité instantanée. Pensons à Richard Martel, l’entraîneur de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, ou à l’ex-gardien de but Ken Dryden. Ou Lionel Conacher, George Hees, Otto Jelinek, George Laraque ou autres George Springate. Et ça, ce n’est qu’au fédéral...

Certes, Sylvie Fréchette n’est pas encore élue. Et cela constituera une épreuve de force parce que dans la circonscription de Rivière-du-Nord — grosso modo, la région de Saint-Jérôme, où Mme Fréchette habite —, la course sera féroce. En 2015, le Bloc québécois et Rhéal Fortin y ont remporté une course serrée à trois... avec les libéraux et le Nouveau Parti démocratique, auquel il a ravi le comté. Le conservateur Romain Vignol a terminé loin derrière, en quatrième place, avec moins de 5000 voix alors que les trois premiers en avaient entre 15 000 et 18 000.

Il s’agit de toute une côte à remonter pour Mme Fréchette. Mais elle fera certainement mieux que son prédécesseur. Même qu’elle chauffera ses adversaires dans une nouvelle course à trois, avec le bloquiste Fortin et la libérale Florence Gagnon, une jeune entrepreneure. Ce trio laissera le NPD dans ses ornières, lui qui n’a toujours pas de candidat.

Quant au résultat...

Mais sa candidature a jeté la lumière sur le fait que le Parti conservateur est torturé sur la question de l’avortement. Pour Mme Fréchette et plusieurs autres au Québec, l’avortement est une question réglée. Le parti ne doit pas y revenir. Cette opinion n’est pas aussi largement partagée dans le «Rest of Canada». Son chef Andrew Scheer, qui est pro-vie, affirme que «son gouvernement» ne présentera pas un projet de loi anti-avortement. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’un de ses députés pourrait le faire.

De fait, la question de l’avortement a occupé quelques députés à l’époque du premier ministre Stephen Harper. Stephen Woodworth, puis Mark Warawa, ont tenté depuis 2012 de présenter des projets de loi d’intérêt privé restreignant le droit des femmes à l’avortement. Le Parti conservateur ne les appuyait pas publiquement, mais applaudissait privément. Une dizaine de ministres et près de la moitié du caucus conservateur endossaient l’idée, cependant. Et la question est plus déchirante que ne le laisse entendre M. Scheer. Cela provoque de profondes tensions au caucus, et Mme Fréchette, si elle est élue, l’apprendra à ses dépens.

La même chose se passerait sous un premier ministre Andrew Scheer, à n’en point douter. C’est ainsi qu’en coulisse se dresse un travail de sape sur l’avortement... pourtant réglé au Québec. Les candidats québécois sont dus pour une leçon de realpolitik.

Et si ce n’est pas sur l’avortement, ce sera sur la peine de mort, ou sur le port d’armes. Toutes des questions où le Québec se positionne différemment de certaines régions du Canada.

Entre temps, le Parti conservateur profite des réflecteurs projetés vers Sylvie Fréchette, et tente d’éteindre les feux que ses adversaires allument sur la question de l’avortement. Une chose est sûre: cette question reviendra dans l’actualité.