On a vu le premier ministre Justin Trudeau tenter de se dépêtrer avec l’implication du premier argentier du Parti libéral du Canada, Stephen Bronfman, dans le paradis fiscal des îles Caïman.

L’enfer des « Paradise Papers »

ÉDITORIAL / Il y a plusieurs volets à toute cette histoire des « Paradise Papers » : entre optimisation fiscale et évasion fiscale, il y a des nuances qui font la différence entre légalité et illégalité. Au plan de la moralité, c’est autre chose.

Du point de vue du gouvernement libéral, toutes ces subtilités langagières et financières importent peu : le gouvernement est présumé coupable de ne pas avoir fait assez pour fermer les verrous des transferts de dizaines de millions, voire de milliards vers des comptes bancaires dans des institutions qui ne sont des paradis que pour ceux qui ont les moyens d’en profiter. Pour les autres, ces paradis ne sont que des enfers où se camouflent des fortunes à l’abri des impôts que tous les autres citoyens ne peuvent éluder. 

Les partis d’opposition s’en donnent à cœur joie, c’est le festival de l’allégorie et des accusations, même gratuites, car le gouvernement a pas mal les mains liées.

Ainsi, on a vu le premier ministre Justin Trudeau tenter de se dépêtrer avec l’implication du premier argentier du Parti libéral du Canada, Stephen Bronfman, dans le paradis fiscal des îles Caïman. Une histoire d’un prêt de 5,3 millions $ à la fondation de son parrain Leo Kolber, un sénateur à la retraite. 

M. Bronfman a dit que ce prêt, remboursé, n’avait rien à voir avec une quelque histoire d’évasion de l’impôt et qu’il a respecté toutes les lois fiscales du Canada. Encore là, ce ne pourrait être que des balivernes pour se sortir d’un pétrin difficile à prouver, mais cela met malgré tout M. Trudeau dans l’embarras.

Ce premier ministre et son gouvernement répètent à qui mieux mieux qu’ils travaillent au nom de la classe moyenne. Qu’il a baissé leur fardeau fiscal et augmenté celui des plus riches. Ça n’empêche pas qu’il a passé presque toute l’année 2017 à parler de l’argent de ses riches amis, ministres et partenaires ; ça lui colle à la peau. 

Cela a débuté avec ses vacances familiales du temps des Fêtes sur l’île privée de l’Aga Khan, un « ami de la famille », et des dépenses des contribuables pour assurer sa sécurité dans les Caraïbes. 

Puis, cet été, une proposition de réforme sur l’incorporation fiscale des professionnels et des gens d’affaires a tourné au désastre. Passe encore que de confortables médecins l’attaquent, mais quand on a réalisé que des PME du secteur agricole et des pêcheries seraient pénalisées par cette réforme, le ministre des Finances Bill Morneau a été contraint à revoir ses plans. Enfin, c’est ce ministre lui-même qui est passé à la moulinette de l’opposition pour les liens qu’il a maintenus depuis son élection avec l’entreprise familiale Morneau Shepell, un fournisseur du gouvernement canadien en plus. Peu importe qu’il ait suivi les directives de la commissaire à l’éthique Mary Dawson.

Les paradis fiscaux sont très difficiles à combattre. Les principaux pays occidentaux voient tous de grandes fortunes et des multinationales siphonner leurs profits dans des états avec des taux d’imposition aussi minuscules que leur taille. Pensez au Liechtenstein, à l’île de Man ou aux Bermudes. 

Au Canada, ce serait 6 milliards $ en impôts qui échapperaient à l’État. En Europe, le quotidien Le Monde parle de 20 milliards d’euros pour la France et 120 milliards d’euros pour l’Union européenne.

Tous ont intérêt à combattre ces fuites pas toujours illégales, mais cela exige une concertation mondiale que personne n’a pu bâtir jusqu’ici. Ce serait une bonne idée que Justin Trudeau, qui jouit d’un capital de sympathie à l’international, y travaille entre deux égoportraits. Ça l’aiderait aussi face à l’opposition à la Chambre des communes !