Le premier ministre du Québec, François Legault, a rencontré le président français, Emmanuel Macron, lundi.

Legault profite de l'économie

ÉDITORIAL / L’économie du Québec fonctionne à plein régime. François Legault ne pouvait rêver d’un meilleur moment pour accéder au poste de premier ministre du Québec. Mais il marche sur des œufs pour s’assurer que cette embellie se poursuive. Il faudra plus que des baisses d’impôt pour s’en conforter.

Presque tous les indicateurs économiques s’avèrent positifs. Le chômage se trouve à un taux historiquement bas, particulièrement dans les régions, un boni supplémentaire. Ce n’est plus que la région de Montréal qui en profite. 

La question de l’emploi préoccupe cependant. Présentement, ça va bien. Mais le vieillissement de la population impose que nous découvrions de nouveaux canaux de développement de notre main d’œuvre : précisément, l’immigration. Cela a été l’un des messages de M. Legault en France, lundi. Il a dit vouloir augmenter l’immigration française (et européenne), ce qui est très bien. Mais il a répété depuis deux ans souhaiter la voir réduite de 20 %, de 50 000 à 40 000 personnes. Qu’est-ce que cela veut dire ? Souhaite-t-il qu’elle s’amenuise du côté du Maghreb, de l’Afrique noire, les deux autres grands marchés de l’immigration au Québec ?

M. Legault doit aussi s’assurer que cette immigration s’installe ailleurs qu’à Montréal. C’est la raison pour laquelle l’Union des municipalités du Québec a mené une opération de recrutement d’employés en France, la semaine dernière. Parce que l’essentiel des emplois libres n’est pas à Montréal, mais ailleurs en province. 

Le Québec profite grandement des investissements en infrastructures du gouvernement de Justin Trudeau. C’est l’un des atouts de cette administration et elle fera face à des élections en octobre. Mais il lui faudra trouver d’autres investissements pour prendre la relève du Réseau électrique métropolitain, du pont Champlain et de l’échangeur Turcot. Des plans sur le troisième lien à Québec, ainsi qu’un réseau de train léger à Gatineau et à Québec sont dans les cartons : il faudra les déballer vite pour qu’ils prennent la relève.

Tout le Canada, mais particulièrement le Québec, jouit de la baisse du dollar canadien qui a dopé nos exportations vers les États-Unis (à 70 %) et vers l’Europe (10 %). Un oléoduc qui traverserait le Canada vers l’est offrirait de nouveaux débouchés à nos ressources pétrolières... si le Québec ne se dressait pas sur son chemin. M. Legault cessera-t-il un jour de parler d’acceptabilité sociale pour ce pipeline ? Risquerait-il une baisse drastique de sa cote de popularité ?

La baisse du taux de chômage et la hausse des salaires au Québec, c’est bien beau. Mais le taux d’endettement des Québécois demeure à des niveaux record. Cela fragilise notre économie.

Par chance, le Québec s’en est bien tiré avec ses deux traités économiques, l’Accord économique et global avec l’Europe, et la version 2.0 de l’ALÉNA, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Cela a retiré de l’équation l’incertitude qui planait sur nos économies, avec la menace de tarifs du président Donald Trump. 

François Legault profite de tous ces indicateurs économiques, de façon générale assez positifs, pour placer les industries du Québec sur un bon pied en 2019. Cela augure bien pour le reste de son voyage en Europe, au sommet de Davos. Son obsession de créer de bons emplois rémunérateurs est très réjouissant mais comment s’y prendre ? La nouvelle vocation d’Investissement Québec, plus interventionniste, y contribuera : assez vite pour ne pas voir de ralentissement ? L’avenir nous le dira.