Le premier ministre du Québec, François Legault, refuse de se rendre au Sommet sur les changements climatiques COP 24, en Pologne.

Legault fait bien d’éviter COP 24

ÉDITORIAL / Il y a beaucoup de grenouillage autour de l’invitation qui était faite à François Legault de se rendre au prochain Sommet sur les changements climatiques, en novembre, en Pologne. Tellement de grenouillage, en fait, que le premier ministre fait bien de passer son tour.

Il laissera aller sa ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, qui bénéficiera d’une leçon accélérée sur le sujet, ce qui ne lui fera pas de tort. Elle y retrouvera entre autres son homologue fédérale, Catherine McKenna.

La sortie du Parti libéral du Québec est particulièrement osée. Le chef intérimaire Pierre Arcand souhaitait l’organisation d’une délégation québécoise autant d’élus de tous les partis que de représentants de la société civile et d’entreprises. Le député du Parti québécois Sylvain Gaudreault avait souhaité la même chose la veille.

Ce serait l’occasion, a argué M. Arcand, pour le chef de la Coalition avenir Québec de refaire sa « crédibilité douteuse » en environnement.

Quant à Québec solidaire, sa chef Manon Massé a invité M. Legault à « changer de cap » parce qu’il n’a pas parlé de changements climatiques au cours de la dernière campagne électorale.

Il est vrai que la CAQ, en campagne, a gardé un silence complice sur le climat. C’était, croyait-on, dans le but d’avoir les coudées franches une fois élu.

Pourtant, dès les premiers jours après son élection, François Legault a envoyé des signaux forts. Il a confié qu’il allait « en faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique », et qu’il avait « bien compris » le message de la population québécoise à cet effet. Il a précisé qu’il n’avait aucune intention de rouvrir le forage pétrolier sur l’île d’Anticosti. Et il a rappelé qu’il s’était déjà engagé à respecter la cible de réduction des gaz à effet de serre du gouvernement libéral, soit une diminution de 20 % d’ici 2020 par rapport à 1990. Autant bien dire que c’est demain.

Mais là, parce qu’il décide de ne pas aller au sommet, il renierait ces engagements ? Voyons donc !

Le Sommet sur les changements climatiques dure 11 jours. C’est très long. Ce n’est pas comme le Sommet de la francophonie, juste après l’élection : deux jours et c’était fait. M. Legault avait l’occasion de se déplacer avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, afin de faire mieux connaissance. D’une pierre deux coups. 

Ce COP 24 survient aussi alors que l’Assemblée nationale tiendra ses premières journées de débat. Dire non à cela alors qu’un nouveau gouvernement se met en place est présomptueux. Surtout que son équipe en sera à ses premiers pas au Parlement de Québec et que les écueils seront nombreux sur le chemin des nouveaux ministres verts. M. Legault ne voudra pas trop s’en éloigner et mieux les accompagner. 

Il y a dans les exhortations de ses adversaires à l’Assemblée nationale des pièges que François Legault s’assure de vouloir éviter. Il y a de la petite politique là-dedans. Ce sont autant de jambettes que le PLQ, QS et le PQ ont placées sur la route de M. Legault dans l’espoir qu’il trébuche.

Nous voulons bien croire que plusieurs chefs de gouvernement sont allés aux précédents Sommets. Philippe Couillard et Jean Charest y sont allés régulièrement. Mais les conditions au Québec étaient bien différentes que celles d’un nouveau gouvernement qui fait ses premiers pas. Ces pas seront cruciaux pour la suite des choses. François Legault fait bien de s’assurer qu’ils se déroulent sans anicroche. Il lui restera bien un ou deux autres Sommets sur les changements climatiques avant la prochaine échéance électorale...