Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer a déposé son « vrai plan pour protéger notre environnement », jeudi.

Le vide derrière de belles photos

ÉDITORIAL / Les apparences derrière le « vrai plan pour protéger notre environnement », déposé par le Parti conservateur du Canada, jeudi, sont belles. Le chef Andrew Scheer pose devant une rivière, entouré de nature luxuriante. Le plan, qui tient en 60 pages, inclut des photos d’animaux et de rivières. C’est du beau travail visuel. Il aurait fallu en mettre autant dans le contenu qui laisse souvent à désirer.

Mais d’abord, les fleurs. Les conservateurs ne s’opposent plus aux objectifs de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques ; ils les embrassent même. Il s’agit d’un virage à 180 degrés de l’époque du prédécesseur de M. Scheer, Stephen Harper. Les Canadiens achètent dorénavant l’idée des cibles de la COP 21. Les conservateurs auraient creusé leur tombe s’ils avaient continué de les ignorer. Voilà qui est bien.

Maintenant, ils demeurent vagues quant aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre, comme les libéraux d’ailleurs. Les troupes de Justin Trudeau ne prévoient pas les atteindre, ce qui provoque les railleries de M. Scheer. Il ne s’en gêne pas non plus. Son rapport est truffé de telles pointes.

Le plan n’a été rédigé qu’en réponse à celui des libéraux, c’est évident. Il mentionne plusieurs fois, et en caractères gras, que son plan ne comprend pas de taxes. Car les conservateurs, c’est quelque chose qu’ils ont hérité de M. Harper, sont foncièrement opposés à tout ce qui peut ressembler à une taxe. C’est une hérésie et c’est là le premier talon d’Achille du plan des conservateurs. Car une taxe sur le carbone, cela a l’avantage d’être clair. Il y a quelque chose de limpide dans une taxe. C’est un dénominateur commun qui s’applique à tous, on n’y échappe pas.

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Le défaut du plan libéral, c’est que les entreprises ne sont pas soumises aux mêmes critères que la population. Les conservateurs le leur reprochent d’ailleurs et proposent d’inclure davantage d’entreprises dans leur plan, ciblant toutes celles qui émettent plus de 40 000 tonnes de gaz à effet de serre, plutôt que les 50 000 des libéraux. Mais le plan de M. Scheer est moins transparent, car il propose que les entreprises polluantes se paient une pénalité s’ils outrepassent leur objectif, qu’ils assumeront en recherche et développement vert. Cette idée a bien fait rire les néodémocrates, qui y voient de la mauvaise foi, comme ils en ont vu dans le plan des libéraux.

Le plan d’action des conservateurs est friand de petites mesures anodines face aux grands objectifs de lutte aux gaz à effet de serre. Quand on est rendu à parler de la sauvegarde des oiseaux migrateurs comme la sauvagine, c’est qu’on racle le fond des tiroirs des idées. Tous les engagements qui commencent par « nous étudierons » et « nous travaillerons » sont vides de sens. Et il y en a beaucoup. Et son « crédit d’impôt pour les habitations écoresponsables » : une fois que seront passées les deux années de ce programme, que fera-t-on ? C’est le silence, et le Canada continuera d’émettre des gaz à effet de serre. 

Et que dire du silence sur tout le secteur des transports, qui représente tout de même 40 % des émissions ?

Le plan conservateur mise sur l’encouragement des technologies vertes et c’est bien, mais est-ce que cela fera une différence dans le monde ? Rappelons que le Canada émet 1,6 % des GES... même si les Canadiens ne représentent que 0,5 % de la population mondiale. Mais les conservateurs pensaient davantage à répondre à la taxe sur le carbone des libéraux plus que tout autre chose.