L'architecte Pierre Thibault, le chef Ricardo Lavallée et le père des cubes énergie, Pierre Lavoie, avaient promis un plan d’action avant la fin de l’année ; il reste à peine sept semaines et la méfiance règne encore.

Le temps file pour le «Lab-école»

ÉDITORIAL / Le bizarre de projet « Lab-école » fait rêver certains, et donne des cauchemars à d’autres. Huit mois après son dévoilement au Québec, on nage encore dans les idées et les concepts ténébreux. Il y a longtemps que le trio de vedettes que sont Ricardo Larrivée, Pierre Lavoie et l’architecte Pierre Thibault aurait dû panser les plaies qu’ils ont provoquées chez les principaux acteurs de l’éducation au Québec. N’ayant pas fait cette partie du boulot, nous entendons les mêmes arguments de la part des syndicats, notamment, qui se sentent mis à l’écart d’un ambitieux projet de redéfinition de l’école québécoise.

Début avril, M. Lavoie avait lancé : « Il y a plus que trois hommes, mais vous allez voir, il va y avoir plusieurs personnes, plusieurs femmes qui seront assises autour de la table. Les syndicats seront là, les enseignants et les parents seront là, les commissions scolaires vont être là, l’Ordre des architectes va être là... »

Ces propos étaient rassurants. Mais de toute évidence, bien peu a été accompli sur ce front parce que le tollé persiste cet automne. Ils avaient promis un plan d’action avant la fin de l’année ; il reste à peine sept semaines et la méfiance règne encore. C’était mal parti et nous le constatons aujourd’hui, c’est encore bien mal engagé. 

Il y avait tout de même quelque chose de séduisant à l’idée que trois personnes externes au milieu de l’éducation s’engagent bénévolement à imaginer l’école du futur à partir de leurs points de vue complémentaires. M. Thibault est l’un des architectes les plus admirés du Québec. M. Larrivée est devenu un communicateur à l’échelle mondiale en alimentation. Quant à M. Lavoie, le mouvement qu’il a créé en faveur de l’activité physique rejoint des centaines de milliers de Québécois autour du Grand défi qui porte son nom. 

Nous savons les effets bénéfiques de l’activité physique sur la population. Idem pour l’alimentation, dont la sensibilisation gagne à être faite au plus jeune âge. Quant à l’architecture, ses impacts sur la santé et le bonheur ne sont encore reconnus que par une minorité. Leur influence combinée a convaincu le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, de débloquer 1,5 million $ par an pour appuyer leur réflexion. C’est beaucoup ? Non ! Il s’est dépensé... 2 milliards $ en infrastructures scolaires en 2017 seulement. L’enveloppe pour le Lab-école n’aurait en aucun cas compensé les milliards rognés par le gouvernement libéral dans les services à l’élève entre 2014 et 2016 alors qu’austérité était son leitmotiv. 

Les syndicats ont réagi avec véhémence. Les commentaires du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais étaient à l’image de ce qui a été entendu ailleurs. 

« Nous, on l’a l’expertise, a lancé la présidente Suzanne Tremblay, en avril dernier. On a été très surpris de voir des gens qui ne sont pas issus de l’éducation penser à l’école du futur. »

Comme si les profs avaient le monopole de la pensée en éducation...

Les organisations pensent beaucoup en silo, gouvernements, syndicats, ordres, etc. Le triumvirat du Lab-école a l’audace de vouloir briser des murs de verre... et des silos qu’il ne peut ignorer par aveuglement. Il n’a pas réussi à calmer la grogne jusqu’ici et fait donc face aux mêmes reproches de pelleteux de nuage qui voyagent aux frais de la princesse pour visiter des écoles autour du monde. Le temps file et MM. Larrivée, Lavoie et Thibault doivent vite corriger le tir s’ils veulent concrétiser leur rêve d’une école du futur. Parce que les prochaines élections approchent et leurs croquis pourraient vite se retrouver à la poubelle. Ce serait triste.