« Critique aux Finances, Pierre Poilièvre aura régulièrement l'occasion de se faire voir », écrit Pierre Jury.

Le retour de Pierre Poilièvre

ÉDITORIAL / Pierre Poilièvre occupe une place centrale au sein du cabinet fantôme qu'a récemment dévoilé le nouveau chef du Parti conservateur Andrew Scheer. Cela aura sans doute déçu ceux qui espéraient un nouveau PC, plus souriant et moins menaçant. La présence de M. Poilièvre, un réel pitbull à la Chambre des communes, contrastera avec le sourire indécollable de M. Scheer.
Les Canadiens qui ne connaissent pas le député de la circonscription de Carleton, dans l'ouest d'Ottawa, ne pourront le manquer dorénavant. Critique aux Finances, M. Poilièvre aura régulièrement l'occasion de se faire voir. Surtout que la gestion budgétaire du gouvernement libéral de Justin Trudeau lui déposera sur un plateau d'argent des dizaines d'angles d'attaque par année. 
Se faire voir, c'est une chose, se faire apprécier, c'en est une autre. Son ardeur au travail, son bilinguisme - un atout pour ce Franco-Albertain qui ne représente pas une circonscription du Québec - et sa connaissance pointue des enjeux est tempérée par ses attaques incessantes, son aveuglement partisan et sa rigidité idéologique. Pour un conservateur de sa trempe, il n'existe aucune forme de taxation qui ne soit acceptable : toute imposition est qualifiée d'intraduisible « tax grab », qui a une connotation négative bien nette. Les impôts ne servent qu'à redistribuer l'argent des contribuables en fonction d'un clientélisme politiquement rentable -- il est d'ailleurs le père du crédit d'impôt pour les activités sportives que le gouvernement de Stephen Harper avait mis en place en 2006. Il n'hésite pas non plus à défendre l'indéfendable : son projet de loi C-23, la Loi sur l'intégrité des élections, allait à plusieurs égards dans le sens contraire de la démocratie, rognant les droits des électeurs. Il a été reçu avec une volée de bois vert en 2014, mais est passé en vertu de la majorité conservatrice aux Communes.
Critique aux Finances, il sera aux premières loges, aux côtés d'Andrew Scheer. Il sera souvent debout parce que les politiques dépensières du gouvernement Trudeau ont plongé le Canada dans une nouvelle ère de déficits budgétaires dont  personne n'entrevoit la fin. Du bonbon pour un Bleu comme M. Poilièvre. 
Sa nomination fera vite oublier le fait que M. Scheer lui a confié le poste que convoitait Maxime Bernier, son principal adversaire dans la course à la direction du PC, au printemps. La hargne de Pierre Poilièvre servira mieux son parti que M. Bernier dont les penchants libertariens, très à droite des valeurs des Canadiens, sont bien connus. Le Beauceron n'aurait pu s'empêcher de décocher des salves sur des enjeux comme le financement public des entreprises ou la gestion de l'offre. C'est dans son ADN et la gestion de l'offre, particulièrement, lui a fait perdre la direction du parti. Pierre Poilièvre saura mieux que M. Bernier tourner ces attaques carrément sur la cible libérale, et pas sur des positions dogmatiques libertariennes que même le Parti conservateur ne partage pas. 
M. Poilièvre s'inscrit dans la lignée idéologique des John Baird, Dean Del Mastro et autres Paul Calandra qui ont fait les jobs de bras pour Stephen Harper. À une autre époque, c'était le « Rat Pack » libéral formé de Don Boudria, John Nunziata, Brian Tobin et Sheila Copps qui harcelait sans cesse le cabinet de Brian Mulroney, dans les années 1980. C'est du pareil au même : de l'aveuglement partisan. Pour les amateurs de ces combats extrêmes, Pierre Poilièvre sera leur futur champion.