Le premier ministre du Québec, François Legault

Le référendum, étape nécessaire

ÉDITORIAL / Les discussions sur une réforme du scrutin ont repris. Cette fois, c’est le Québec qui s’y met. Au cours des dernières années, l’Île-du-Prince-Édouard, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont tous refusé de revoir comment ils choisissaient leurs députés. Et le fédéral, après les promesses électorales de Justin Trudeau, a vu le premier ministre remettre le dossier à plus tard.

Au Québec, le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’était engagé à déposer un projet de loi en ce sens. Cela devrait être fait cet automne. La CAQ mise sur un mode de scrutin proportionnel mixte où 80 députés « de circonscriptions » seraient élus comme avant, et 45 seraient des « députés de liste », représentant deux ou trois circonscriptions. 

Le principal lobby en faveur de la réforme du scrutin, le Mouvement démocratie nouvelle, applaudit ces développements. Mais son président Jean-Pierre Charbonneau, l’ancien président de l’Assemblée nationale, perçoit bien des failles dans l’armure du projet. Comme le fait de recommander que le projet soit entériné par un référendum, ce qui retarderait sa concrétisation et surtout, la fragiliserait. 

Le premier ministre François Legault a soufflé le chaud et le froid sur cet élément depuis quelques mois. Jusqu’à tout récemment, il s’opposait à l’idée d’un référendum. Il ne serait plus tout à fait sûr.

Pourtant, un tel changement dans la manière que nous élisons nos députés s’avère tellement essentiel, cela va tellement au cœur de notre démocratie, qu’il est difficile de voir comment une telle idée pourrait être mise de l’avant sans que la population ne se prononce.

Certes, c’est à cette étape qu’ailleurs au pays, les projets de réforme du scrutin se sont cassé les dents. À chaque fois que les électeurs étaient consultés, ce sont eux qui ont refusé les changements. 

Il faut alors faire attention de prétendre que les Québécois en appellent de tous leurs vœux une réforme du scrutin. Rien n’est moins sûr. Et même au sein de la députation caquiste, rien n’est moins sûr. Des failles sont apparues cette semaine et il restera à voir où elle logera si le gouvernement loge bien un projet de loi cet automne, et s’il exige à ses députés de voter en faveur. Il s’agit tout à fait du genre d’initiative où les élus voteraient selon leur conscience. 

Cela dit, pourquoi appuyer une réforme du scrutin ? Pour stimuler les Québécois à voter en plus grand nombre ? 

Mais les pays où cela a été mis en vigueur n’ont pas connu d’augmentation : c’est un leurre d’y croire. Pour appuyer des idées moins populaires ? C’est justement pourquoi il faut s’y opposer. Si des idées sont partagées par moins d’électeurs, c’est précisément parce qu’elles sont parcellaires. Certains plans des partis d’opposition marginaux ne réunissent pas une majorité d’appuis justement parce que leurs idées sont à la marge, trop coûteuses ou trop difficiles à mettre en place. C’est justement la raison pourquoi ils demeurent des tiers partis, bien que leur présence soit saine et bienvenue dans notre démocratie. Par-dessus tout, il y a le risque de morceler l’Assemblée nationale avec l’émergence de trois, quatre ou cinq autres partis politiques chacun débattant leur programme et obtenant quelques sièges au parlement. 

Le régime uninominal à un tour, malgré ses défauts, permet de créer des gouvernements majoritaires stables, tout en allouant la division autour de minoritaires. C’est le beau de notre démocratie.

Avant de jeter cette mécanique aux déchets, il faut bien y réfléchir. Et cela inclut de faire adopter le projet par la population dans le cadre d’un référendum.