Le chef du Parti libéral indique que la campagne est lancée et si personne ne s’en doutait, que l’environnement sera l’un des éléments clefs de son programme.

Le paradoxe de l’environnement

ÉDITORIAL / Le dévoilement de la stratégie d’élimination du plastique par Justin Trudeau, lundi, marque le vrai début de la campagne électorale fédérale.

Par là, le chef du Parti libéral indique que la campagne est lancée et si personne ne s’en doutait, que l’environnement sera l’un des éléments clefs de son programme.

Évidemment, cela deviendra loi si le gouvernement est réélu. Les conservateurs du chef Andrew Scheer ont aussitôt qualifié l’initiative de « geste symbolique » pour « faire oublier les scandales, la corruption » des libéraux. Ils n’ont pas dit ce qu’ils feraient s’ils étaient choisis par le peuple en octobre : cela viendra bien à un jour, car il faudra qu’ils dévoilent leur jeu à un moment donné.

Pour l’instant, les libéraux ont pris l’avance en dévoilant leur priorité, côté plastique.

Le bannissement du plastique ne se fera pas du jour au lendemain. Le gouvernement se donne encore deux bonnes années pour bouger. C’est lent ? Pas tant que ça. Mais M. Trudeau a raison quand il dit qu’il veut consulter les entreprises et les autres niveaux de gouvernement.

Deux années, ça semble long, mais cela ira très vite lorsqu’il faudra trouver, avec le secteur privé, des solutions de remplacement abordables et réalistes. S’il est simple de remplacer les pailles de plastique par des pailles de papier, ce n’est pas la même chose lorsque vient le temps de remplacer le film plastique, par exemple, tant dans les foyers canadiens que dans les entreprises. Le défi sera beaucoup plus grand et les alternatives sont plus coûteuses et moins pratiques. Idem pour briser le lien qui existe entre les restaurants et les épiceries avec le polystyrène (styrofoam). Pour chaque producteur de plastique et chaque produit, il faut étudier les solutions de remplacement et il faut du temps pour cela. Plusieurs entreprises productrices rechigneront à l’idée de voir leurs produits se modifier ou disparaître, car cela représentera des coûts en argent et en ressources humaines. Ainsi, il faut les aider dans la transition vers une économie plus verte autant que faire se peut.

Ainsi, deux années, ce ne sera pas de trop.

Le Canada n’est pas le premier pays à agir dans ce domaine. Mais les solutions s’éloignent au fur et à mesure que le temps passe, car les plastiques sont de plus en plus populaires. Pas moins de 80 % de tous les plastiques finissent au dépotoir, dans la nature ou pire, dans les océans. À peine 10 % sont recyclés et le 10 % restants est incinéré. Ce 10 % est une performance anémique, même si c’est tout de même bien plus qu’avant. Le problème, c’est si l’explosion de nos usages de plastique se poursuit… Selon le World Wildlife Fund, nous utiliserons deux fois plus de plastique dans 30 ans, si rien n’est fait : 12 milliards de tonnes de plastiques contre 6,3 milliards de tonnes en 2015. Donc même si nous augmentons notre taux de recyclage de 5 ou 7 %, c’est une course perdue d’avance dans laquelle nous sommes engagés.

Il faut donc des correctifs majeurs.

Cette question sera au cœur de la prochaine campagne électorale. Les libéraux se positionnent pour l’environnement, mais ils ont quatre années de gouvernance pendant lesquelles ils n’ont pas toujours été verts. Leur achat du pipeline Trans Mountain représente le paradoxe du gouvernement libéral… et des Canadiens. Nous voulons des politiques plus douces pour l’environnement, mais en même temps, nous ne voulons pas trop changer nos habitudes, vite, mais pas trop, sans que cela ne nous coûte trop cher.

Lesquels représenteront ce dilemme ? Les libéraux ou les conservateurs ?