La nouvelle taxe sur le carbone s’applique à l’Ontario, au Manitoba, à la Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick.

Le nouveau front de la taxe carbone

ÉDITORIAL / Le fédéral ne pouvait choisir un bon moment pour imposer sa taxe sur le carbone à quatre provinces canadiennes, mais il aurait sûrement choisi un autre temps s’il avait pu.

Le gouvernement de Justin Trudeau n’arrive pas à se dépêtrer de l’affaire SNC-Lavalin et de la démission de deux de ses ministres les plus compétentes en Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott. Voilà qu’il ouvre lui-même un nouveau flanc à la critique avec cette taxe sur le carbone qui s’applique à l’Ontario, au Manitoba, à la Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick.

Cette nouvelle taxe fait le jeu des oppositions conservatrices au pays. En Ontario, le premier ministre Doug Ford est sorti en trombe, menaçant le pays « du risque d’une récession » à propos de cette taxe de 4,42 cents le litre d’essence, de 5,37 cents le litre de carburant à chauffage, de 3,91 cents le mètre cube de gaz naturel et de 3,1 cents le litre de propane. À ses yeux, cette taxe est la pire de l’histoire. Il oublie de dire que les Ontariens recevront une compensation qui devrait être plus importante encore que la taxe qu’ils devront défrayer. Ils devraient payer 244 $ de plus par an, mais recevront 300 $ du fédéral. L’an prochain, lorsque la taxe montera d’un autre 10 $ la tonne (et ainsi de suite jusqu’en 2022), ils empocheront 439 $ par foyer, comparativement à une facture haussée de 357 $. Et ainsi de suite, toujours en faveur des contribuables.

C’est la même chose pour les trois autres provinces.

Le Québec, l’Alberta et la Colombie-Britannique ne sont pas touchées. Elles souscrivent déjà à un mécanisme de lutte aux changements climatiques, et elles ont déjà appliqué une taxe sur le carbone.

Hier, les troupes conservatrices avaient le champ libre alors que les libéraux fédéraux se sont tus sur cette question. Ils n’ont pas répliqué. Une affaire de stratégie, sans doute, mais une stratégie qu’il faudra revoir, et vite. Car il n’est pas utile de laisser toute la place à ses adversaires pendant qu’ils charcutent vos politiques. 

Car il y a toute une logique derrière la taxe sur le carbone qui mérite d’être répétée.

Le carbone n’est pas gratuit, contrairement à ce que les adversaires de la taxe laissent entendre. Il y a un coût important aux changements climatiques et l’inaction ne paie pas. Mais ce coût est assez nébuleux, il n’est pas direct et on peut l’ignorer pendant longtemps avant d’avoir à en payer le prix. Et encore, la facture ne viendra pas directement. Elle sera diffuse et on pourra même nier que la note est bel et bien liée aux changements climatiques. Les opposants à toute tarification du carbone ont donc le beau jeu. 

Sans compter qu’il faut une bonne dose de crédulité dans le gouvernement pour croire les factures et les remboursements qu’il promet. Ce pourrait être tout faux et nous ne le saurions que dans plusieurs mois... et encore ! 

Les libéraux ont posé un geste courageux en imposant cette taxe sur le carbone, compte tenu de l’intolérance des conservateurs à tout ce qui peut être une forme de taxation. Mais les changements climatiques sont bien réels. D’ailleurs, une étude du gouvernement a affirmé hier que le Canada est doublement plus touché, avec une hausse de 1,7 degré Celsius depuis 1948, alors que le reste du monde affiche une augmentation de 0,8 degré. C’est en partie dû à notre situation géographique nordique, mais les statistiques sont effarantes. 

Il fallait faire quelque chose. Car les conservateurs ne proposent rien que des approches fortes en mots, faibles en actions.