Le drapeau franco-ontarien

Le moule de l'indifférence

ÉDITORIAL / Les Franco-Ontariens sont invisibles. Et cette nouvelle, comme les Franco-Ontariens eux-mêmes, est largement passée inaperçue, le mois dernier. Elle aurait pourtant dû provoquer une réflexion urgente et nécessaire pour comprendre cette situation, et mieux la corriger.
Le rapport de la firme québécoise Influence communication affirmait que les 611 000 Franco-Ontariens occupent 0,46 % de l'espace médiatique au Canada, alors qu'ils représentent 3,2 % de la population. Pourquoi un tel fossé ? 
Sans être une explication poussée, le président d'Influence, Jean-François Dumas, a offert un parallèle entre les régions du Québec et les minorités linguistiques hors Québec. 
Hormis la capitale qu'est Québec, Montréal pèse incroyablement lourd par rapport aux régions de la Belle Province que sont l'Outaouais, les Cantons de l'Est ou la Gaspésie. Comme si tout tournait autour de Montréal. Transposé à l'échelle nationale, le Québec incarne ce même déséquilibre par rapport aux autres communautés francophones. 
De toutes les minorités linguistiques, les plus visibles sont les Acadiens. Cela s'explique sans doute pour des raisons historiques... et géographiques. D'abord parce qu'elles sont installées dans les Maritimes depuis les premiers pas de la colonie. Aussi parce que la Déportation, évidemment un point tournant de son histoire, aurait comme servi de ciment social à ceux qui ont survécu, ou qui sont revenus. 
Avec l'affaire Louis Riel, les Métis du Manitoba ont vécu un traumatisme qui puisse s'y apparenter.
Peut-on mettre la crise de la survie de l'hôpital Montfort dans la même colonne ? Les historiens seront peut-être d'accord un jour mais parce que cette menace à cette institution ne date que de 20 ans, nous n'avons pas suffisamment de recul pour en apprécier tous les impacts. Et que dire du Règlement XVII ? Il a certainement provoqué une levée des boucliers au sein de la francophonie de l'Ontario il y a un siècle. Cela a mené à la création de l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario, et évidemment, à la création du quotidien Le Droit qui se veut toujours aux premières loges du combat à l'approche de ses 104 ans. 
D'ailleurs, une chance que Le Droit et que le diffuseur national, Radio-Canada, sont là pour nourrir - trop maigrement au goût de certains - le pays sur les enjeux qui touchent la communauté francophone. Malgré leurs moyens limités. Plusieurs francophones d'un bout à l'autre du pays reprochent à la SRC de ne pas faire une plus large place aux enjeux francophones, d'être trop axée sur Montréal et le Québec. Bref, on lui reproche ce qu'Influence communication a constaté. Les ressources manquent. La course aux marchés publicitaires, les restrictions budgétaires et diront certains, l'égarement de la mission radio-canadienne depuis 40 ou 50 ans ont largement été documentés. À des degrés divers, peut-être peut-on en dire de même pour tous les médias, pour Le Droit, pour TFO, pour les quelques hebdomadaires franco-ontariens qui persistent à demeurer le plus pertinents possible dans les conditions de marché du XXIe siècle, etc. Idem pour ses radios communautaires aussi.
Ce défi est immense. L'intérêt des publics est de plus en plus concentré sur quelques thèmes que l'on croit intéresser tout le monde. Le monde ne tourne que pour Donald Trump et les Kardashian, tandis que le Québec n'en a plus que pour Céline Dion et le Canadien de Montréal. Comment briser ce moule d'indifférence des autres envers nous ?