Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer

Le message vert d’Andrew Scheer

ÉDITORIAL / Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, rencontre François Legault, aujourd’hui. Il s’apercevra qu’il n’a pas affaire à Doug Ford!

Le premier ministre de l’Ontario et M. Scheer s’entendaient comme larrons en foire, il y a deux jours, lorsque ce dernier est allé lui rendre visite à Queen’s Park. La rencontre a été à sens unique : tout le blâme sur Justin Trudeau et sa taxe sur le carbone!

«La pire taxe de tous les temps!, a lancé M. Ford. Il n’y a qu’une manière de se débarrasser de cette taxe, et c’est de se débarrasser de Justin Trudeau. Vous aurez plus d’argent dans vos poches, les entreprises fleuriront, l’essence coûtera moins cher, tout coûtera moins cher!»

Et M. Scheer de renchérir. «Ce n’est pas un prix sur le carbone, il s’agit d’une taxe sur le carbone. Cela rendra votre déplacement au travail plus onéreux, si vous dirigez une PME, vous ne bénéficiez pas d’un congé comme Justin Trudeau offre aux grandes sociétés émettrices de carbone. Des forces des provinces combattent fort cette taxe sur le carbone et nous continuerons de la combattre pour rendre la vie plus abordable pour les gens de ce pays.» 

M. Scheer ne risque pas d’entendre ce discours anti-carbone à Québec. Au contraire. 

Le Parti conservateur de l’Ontario et la Coalition avenir Québec ont peut-être été élus la même année, et sans aucun doute mis fin à 15 ans de régime libéral dans leurs provinces respectives, François Legault ne tombera pas dans le discours anti-taxe sur le carbone de Doug Ford et d’Andrew Scheer. Il quand même nettement bien aligné avec les préoccupations des Québécois. Il a reconnu que son parti n’avait pas suffisamment parlé d’environnement pendant la campagne électorale, et qu’il allait s’en occuper davantage. Il n’a pas dit un seul mot contre la taxe sur le carbone, il n’a même rien contre. Au pire, les environnementalistes lui reprochent son appui à quelques projets d’autoroute (dont l’autoroute 50 en Outaouais) et au troisième lien entre Québec et Lévis. Mais ces projets ne sont pas près de voir le jour. 

MM. Legault et Scheer parleront donc d’autre chose, comme le coût de la crise des migrants pour les provinces.

Mais Andrew Scheer devrait quand même se trouver quelque chose de plus constructif à dire sur le carbone. Car c’est une chose de clamer qu’il est contre la taxe sur le carbone, il doit proposer autre chose. Car les Canadiens sont rendus là. 

Les Ontariens ont voté en masse pour Doug Ford pour jeter dehors les libéraux qui donnaient tous les indices d’un gouvernement fatigué et à court d’idées. Ils ont choisi les conservateurs parce qu’Andrea Horwath et ses néo-démocrates ne leur semblaient pas une alternative suffisamment solide. Mais les Ontariens ne sont pas contre l’environnement, ni même contre une taxe sur le carbone. M. Ford profite de la situation pour brouiller les pistes et faire avancer ses idées politiques, mais il a tort de croire que les Ontariens le suivent de façon aveugle sur l’environnement. Il s’en rendra compte à un moment donné : laissons-le se bercer de ses illusions.

M. Scheer fait erreur de marcher dans ses pas. Cela lui coûtera un jour d’encore passer pour un dinosaure. Lui et son parti doivent développer une autre manière de décourager les Canadiens d’utiliser le pétrole, tout en rassurant l’industrie pétrolière qu’il leur reste encore plusieurs années de forage à faire parce que le Canada n’est pas sur le point de tarir sa soif d’hydrocarbures. C’est une leçon qu’il ferait bien de noter de son entretien avec François Legault.