La premiere ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne

Le meilleur des deux mondes

ÉDITORIAL / Au cours de la dernière année, Le Droit et plusieurs autres voix critiques ont accusé le gouvernement Wynne d'avoir « perdu sa boussole ». Il était de plus en plus difficile de comprendre les valeurs qu'il défendait au nom des Ontariens.
Un peu d'éducation, un peu de santé, un peu d'infrastructures, un peu de meilleure gestion du déficit ? Tout se mélangeait sans que la population ne puisse se faire une image précise de la direction empruntée par la province. Comme si en voulant être un peu de tout pour tout le monde, la mission centrale du gouvernement Wynne était disparue.
Le gouvernement croit l'avoir retrouvée récemment en annonçant son plan de rendre l'éducation post-secondaire gratuite pour tous les étudiants issus de famille gagnant moins de 50 000 $. 
Mme Wynne et ses troupes ont peut-être trouvé là un angle d'attaque pour les quelque 16 mois qu'il lui reste avant les prochaines élections provinciales, au plus tard au printemps 2018.
L'éducation est toujours un vecteur gagnant. Personne ne s'oppose à éduquer la population et ainsi mieux répondre aux défis économiques de l'avenir. Sans dénigrer les ressources primaires, la prospérité du XXIe siècle s'articulera davantage autour des industries du savoir et des dernières transformations à forte plus-value que dans le bois, les mines et l'agriculture.
Le nouveau Régime d'aide financière aux étudiants de l'Ontario (RAFÉO) ne se limite pas qu'aux plus pauvres familles. Des mesures presqu'aussi généreuses s'appliqueront de façon décroissante à celles gagnant davantage.
Le gouvernement croit que la première tranche du programme touchera quelque 150 000 étudiants. Et 170 000 de plus devraient en profiter partiellement. Sans parler d'éducation gratuite, on leur promet qu'ils payeront leurs études moins cher que ce que cela leur a coûté jusqu'ici.
Ce sont surtout ceux issus des familles pauvres qui comptent. Ils sont la clef pour échapper au cercle vicieux de la pauvreté : un universitaire dans la famille encourage les autres à l'imiter. 
Le gouvernement Wynne est si fier de ce programme d'aide financière qu'il l'annonce à répétition. Un premier coup de tambour a été fait lors du budget de février 2016. Une annonce a été orchestrée à la rentrée des classes, en septembre. Et une encore, la semaine passée, coïncidant avec la rentrée d'hiver.
Le plus beau dans tout ça ? 
Le RAFÉO ne coûtera rien... de plus que le 1,3 milliard $ que l'Ontario investit déjà en aide financière. En fait, le gouvernement Wynne se trouve à avoir procédé à une réforme en profondeur de tous les programmes d'aide. Par exemple, les contribuables n'auront plus droit à la déduction fiscale mensuelle pour tout étudiant à charge. 
Habile, le gouvernement a du même coup pu étouffer avec cette réforme la grogne émergeant de la classe étudiante. Elle  a vu ses frais collégiaux et universitaires augmenter depuis deux ans. Là, les étudiants se font promettre qu'ils recevront plus d'aide de l'État, et pas que sous la forme de prêts qu'ils peineront à rembourser après l'obtention de leur diplôme. Ils auront plus facilement droit à des bourses. 
Parallèlement, les recteurs d'université accueillent cela avec soulagement : moins de manifs sur les campus, plus d'argent pour gérer des budgets serrés, et des mesures d'encouragement pour stimuler l'éducation post-secondaire qui stagne d'un point de vue provincial. 
Bref, le meilleur des deux mondes. Et un gouvernement qui retrouve sa boussole en prime !