Les deux principaux marchés publics d'Ottawa, au marché By et Parkdale, sont en difficulté.

Le marché By, joyau négligé

ÉDITORIAL / Les deux principaux marchés publics d'Ottawa, au marché By et Parkdale, sont en difficulté. La Ville d'Ottawa croit qu'une nouvelle corporation à but non lucratif pour les gérer ferait un meilleur travail que l'équipe de fonctionnaires qui en a la responsabilité. C'est du moins ce que croit le maire Jim Watson.
Dans ces deux marchés, les maraîchers ont affirmé, lors d'une réunion du Comité des finances et du développement économique, que leurs ventes ont subi une baisse préoccupante. Ils pointent entre autres du doigt les revendeurs qui les côtoient - un vieux problème qui refait périodiquement surface. Ces entrepreneurs achètent de grossistes et revendent au détail des produits alimentaires étrangers, comme des bananes évidemment cultivées hors du Canada, mais aussi des aliments importés d'autres régions, comme des bleuets de l'Abitibi ou des fruits de la péninsule du Niagara. Comme on trouve au magasin : pourquoi faire le périple jusqu'au marché By pour trouver la même chose qu'au supermarché du coin ? 
Pendant ce temps, les consommateurs ont fait d'autres choix qui, sans le vouloir, ont affaibli le pouvoir d'attraction des deux grands marchés publics d'Ottawa. Aux quatre coins de la capitale, de petits marchés éphémères ont surgi depuis environ cinq ans. Près de Place d'Orléans, dans un parc de la rue Wellington ou devant l'Université Saint-Paul, à Place Lansdowne ou sur un parking de la rue Beechwood, une poignée de fermiers et de transformateurs alimentaires (boulangers, pâtissiers, etc.) ont répondu à l'appel d'organisations de quartiers. Ils semblent faire des affaires florissantes, même si ce n'est que quelques heures par semaine. 
Le maire Watson croit qu'en réduisant la bureaucratie aux marchés By et Parkdale, cela suffira à leur redonner vie et enthousiasme. Une direction à but non lucratif, dirigée par des marchands et des gens qui les ont plus à coeur que quelques fonctionnaires est une avenue intéressante à explorer.
Mais cela ne devrait pas secouer la torpeur des dernières années.
Ces problèmes au marché By, tout particulièrement, étonnent car dans plusieurs villes du Canada et du monde, l'attrait des marchés publics a explosé au cours des dernières années. Montréal et Toronto en comptent plusieurs qui fonctionnent très bien. Le conseiller Mathieu Fleury cite le marché Jean-Talon en exemple. 
Pourquoi cet insuccès à Ottawa ? Il s'agit pourtant d'un marché historique, dont la naissance coïncide avec l'arrivée des premiers travailleurs du canal Rideau, et pourtant, il vivote. Il y a eu des initiatives positives mais l'effet domino tarde. Décourager les revendeurs au profit de réels producteurs maraîchers était un bon premier pas, mais ces derniers sont trop peu nombreux. Le déménagement des vendeurs d'artisanat vers les rues York et George, a éliminé un peu de la confusion et écarté la compétition déloyale. 
Il faut faciliter l'accès en rendant les loyers très modiques : ils attireront des clients à la recherche de produits d'exclusivité, avec l'accent sur une grande variété. Cela inclut l'édifice du marché By qui doit se consacrer à sa vocation alimentaire plutôt qu'à l'artisanat. Priorité aux agriculteurs locaux, évidemment. Et ne pas oublier le caractère francophone historique du marché By, en particulier, en réitérant aux marchands l'importance de l'accueil et de l'affichage bilingue. 
Voilà quelques pistes qui semblent porteuses d'un plus bel avenir pour ce qui devrait être l'un des joyaux de la capitale.