La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne

Le marathon de Kathleen Wynne

ÉDITORIAL / Les politiciens se découvrent tous des intérêts particuliers lorsqu'ils entament une campagne électorale. Kathleen Wynne n'est pas différente et elle a renouvelé ses voeux auprès des Franco-Ontariens, hier, avec un trio d'opérations séduction dans la région d'Ottawa. Elle avait prévu faire un tour au Festival franco-ontarien. Son gouvernement s'est commis plus étroitement envers l'Organisation internationale de la Francophonie, au terme d'une rencontre avec sa secrétaire générale Michaëlle Jean. Et elle a pris une heure de son précieux temps pour visiter le quotidien Le Droit et y tenir une rencontre avec l'équipe éditoriale. Il s'agissait d'une première depuis la visite de son prédécesseur Dalton McGuinty, en 2006.
Mme Wynne tenait à parler directement à la population franco-ontarienne parce que son instinct de politicienne lui inspire qu'elle n'aura pas trop de 12 mois, un réel marathon, pour redorer la marque du Parti libéral en Ontario. 
Oui, une campagne électorale de 12 mois. L'échéance est prévue en juin 2018.
Les avis ont fusé de toutes parts lorsque Stephen Harper a déclenché une campagne électorale longue de 11 semaines, à l'été 2015. Mme Wynne vise un record non officiel avec ses multiples annonces et campagnes de séduction saupoudrées sur plusieurs mois.
Même si son principal adversaire semble être le conservateur Patrick Brown, la première ministre a pigé plusieurs idées maîtresses sur le flanc gauche. Le salaire minimum à 15 $, un projet pilote de revenu minimum garanti, le rabais de 25 % des tarifs d'électricité, les médicaments gratuits pour les 25 ans et moins et des frais d'études post-secondaires gratuits pour des milliers d'élèves de familles modestes, ce sont là des idées que l'on associerait au Nouveau Parti démocratique. De fait, les deux partis en partagent plusieurs.
Pour Mme Wynne, la couleur de ces initiatives n'a que peu d'importance. L'idée, c'est « de répondre aux besoins des gens qui vivent une situation économique incertaine » et qui doivent « cumuler deux ou trois emplois pour arriver ».
Les Ontariens décideront éventuellement si ces mesures leur plaisent.
Quant aux Franco-Ontariens, Mme Wynne a rappelé quelques initiatives qu'elle a appuyées lorsqu'elle a dirigé le ministère de l'Éducation, entre 2006 et 2010, comme le Programme d'aménagement linguistique, ou les récentes excuses de son gouvernement pour le Règlement 17. Mais les politiciens sont davantage jugés sur ce qu'ils feront plutôt que ce qu'ils ont fait. Comme dans le dossier de l'Université franco-ontarienne : le rapport sur la mise en oeuvre doit être déposé au gouvernement « à la fin du mois », comme prévu. La première ministre a parlé comme si elle ignorait la direction que proposerait la réflexion de Dyane Adam sur ce sujet. Elle est demeurée évasive lorsqu'elle a été interrogée sur la possibilité d'un appui financier de démarrage dans le cadre du budget du printemps 2018... quelques semaines avant les élections. 
Et Ottawa bilingue ? Elle fait confiance au projet de loi privé de sa nouvelle députée d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers. Si Le Droit estime qu'il ne va pas très loin, pour Mme Wynne, il s'avère « une façon d'assurer le bilinguisme d'Ottawa... tout en travaillant avec le maire Jim Watson ». Qu'une manoeuvre étapiste ? Parfois, la politique, c'est l'art du possible. Et Kathleen Wynne, jusqu'ici, a fourni bien des exemples en ce sens : une politicienne qui fait du mieux qu'elle peut pour les Ontariens, même si cela ne les a pas tous satisfaits. L'important pour elle, pour la prochaine année, consiste à gagner plus de sièges que ses adversaires. C'est aussi simple que ça.