Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec

Le manque de sens à la Fédération des femmes du Québec

ÉDITORIAL / La présidente de la Fédération des femmes du Québec y est allée d’un autre gazouillis douteux, cette semaine, ce qui en vient à semer le doute sur sa capacité à diriger l’organisation fondée par Thérèse Casgrain en 1966.

Gabrielle Bouchard est arrivée à la FFQ en 2017. Mais ce sont ses récents tweets qui jettent du discrédit sur sa personne... et sur toute la FFQ au complet. Car il est inconcevable que la présidente d’un organisme militant ne se prononce « en son nom personnel » sur des questions d’actualité. Elle le fait toujours au nom de la FFQ, elle la représente constamment.

Elle a écrit : « Les relations de couple hétérosexuel sont vraiment violentes. En plus, la grande majorité sont des relations basées sur la religion. Il est peut-être temps d’avoir une conversation sur leur interdiction et abolition. »

Bon, d’accord, elle s’est excusée avec profusion et sincérité dans les heures qui ont suivi. Mais le mal était fait. 

En novembre, elle avait commenté l’histoire du coton ouaté de la députée Catherine Dorion : « Le coton ouaté, c’est cute... mais le voile, c’est vraiment badass. » Badass, comme dans cool.

En juin 2019, elle avait récidivé en écrivant qu’« on devrait discuter de la vasectomie obligatoire à 18 ans. » C’était une autre tentative, ratée, de faire de l’ironie sur Twitter. 

Cela s’ajoute au brouhaha qu’avait provoqué sa nomination, elle, une femme trans. Certains avaient mis en doute sa capacité de représenter « toutes les femmes » quand elle avait passé une partie de sa vie sous l’étiquette masculine. Nous étions loin de Françoise David, l’instigatrice de la marche Du Pain et des roses, qui avait monopolisé l’attention médiatique en 1995, et de sa suite, la Marche mondiale des femmes, en 2000. 

Aujourd’hui, la Fédération des femmes du Québec est plus intéressée par des événements comme la défense des femmes dans l’industrie du sexe et la campagne de solidarité #MonVoileMonChoix, qui appelle à la défense des femmes voilées. À l’ère de la Loi sur la laïcité, cela demeure un débat qui divise beaucoup. On comprendra le bien fondé d'attaquer l’islamophobie, mais disons que cela ne génère pas beaucoup de campagnes d’appuis. Disons que la lutte à la pauvreté qu’avait entreprise Françoise David est bien plus généralisée que les débats sur le voile et l’industrie du sexe. 

Mais encore là, la FFQ semble s’enfarger dans les fleurs du tapis. Au lieu de simplement appuyer les femmes dans leur quête d’un salaire égal à travail égal, la FFQ s’est lancée dans la nuance que « la statistique (du 85 %) invisibilisait les femmes racisées et immigrantes et les mécanismes de discrimination genrés et racistes ». Si la FFQ avait raison sur le fond, elle tournait le dos à une cause simple et facile à comprendre.

Cela illustre bien une certaine dérive dans laquelle s’est engouffrée la Fédération des femmes du Québec, et des risques qui en découlent. 

Maintenant, cela ne justifie pas que le gouvernement du Québec lui retire son financement public de 120 000 $, comme le semble le laisser croire le ministre du Travail Jean Boulet. Les tweets de la présidente Gabrielle Bouchard sont répréhensibles et s’avèrent de bien mauvais moyens de faire de l’ironie. Mais ils ne sont pas un motif de désinvestissement.

Par contre, Gabrielle Bouchard devrait sérieusement songer à laisser sa place à quelqu’un d’autre. Elle polarise l’attention de la Fédération des femmes du Québec sur des débats sur sa personne plutôt que sur les enjeux sérieux de la place des femmes dans notre société et ce faisant, cause du discrédit à la FFQ.