L'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) et le Regroupement des gens d'affaires de la capitale nationale ont pleinement joué leur rôle de promotion des services en français en mettant leurs énergies en produisant une vidéo politico-humoristique avec le comédien Vincent Poirier, dans le cadre de la campagne BonjourWelcome.

Le français exige un rappel constant

ÉDITORIAL / La campagne BonjourWelcome qui fait fureur sur les médias sociaux rappelle à tous que vivre en français en Ontario est un combat de tous les instants, et un combat qui se renouvellera toujours. Il faut s'en faire une raison : défendre une langue minoritaire n'est pas de tout repos.
Ce serait évidemment plus facile si l'Ontario comptait sur des centaines de milliers de combattants convaincus qui affichaient leur langue et leur culture dans tous les coins de la province. Mais ce n'est pas le cas. Le goût du combat n'échoit pas à tous. Il n'y a en réalité que quelques centaines de personnes, à la grandeur de tout l'Ontario, qui défendent les principes de la vidéo virale BonjourWelcome avec une ardeur soutenue. Il faut les remercier de leur dévouement.
La vaste majorité des Franco-Ontariens ont autre chose à faire. Comme vivre. Travailler. Élever leurs enfants. Se reposer. Regarder la télé. Bref, faire le train-train quotidien sans réfléchir au fait qu'il faut réclamer, attendre, se battre, argumenter, attendre encore, s'obstiner, et attendre encore. 
Il est vrai que ce serait bien plus facile si la promotion du français comptait 20, 100, 5000 fois plus de demandeurs assidus. Il ne faut pas en vouloir à ceux qui vivent leur vie fièrement en français sans vouloir brandir un drapeau. À chacun sa vie. 
Ce qui ne signifie pas qu'il faille baisser les bras et ne rien faire. L'Assemblée de la francophonie de l'Ontario et le Regroupement des gens d'affaires de la capitale nationale ont ainsi pleinement joué leur rôle de promotion des services en français en mettant leurs énergies en commun dans la production de cette vidéo politico-humoristique avec le comédien Vincent Poirier. 
Certains se désoleront d'avoir encore à marteler l'importance de parler français, et plus encore, de le faire dans l'espace public. Parce que comme le demande Vincent Poirier : « Si une communauté franco-ontarienne n'entend jamais parler sa langue, est-ce qu'elle existe vraiment ? »
La question est posée crûment. Elle fait réagir. 
Alors évidemment qu'elle existe... mais son avenir est hypothéqué. Pendant un siècle, les francophones de l'Ontario ont vu leur langue dénigrée, refoulée, même interdite. Affaiblie par une assimilation permanente, elle a survécu malgré tout. Peut-elle survivre encore aujourd'hui ? La société a tellement changé ! Le repli sur soi a cédé le pas au multiculturalisme et plus encore, à une culture anglophone dominante à l'échelle planétaire. 
En cette époque de communication permanente où le géant et voisin américain s'exporte sur tous les tableaux, défendre une langue et une culture minoritaire relève de l'exploit. C'est d'autant plus difficile que la communauté francophone est minoritaire : à Ottawa, encore, ça passe avec 175 000 locuteurs de langue française. Il y a de l'espoir pour l'Est et le Nord de l'Ontario. Mais dans des régions plus isolées, la survivance culturelle française en Ontario est d'autant plus ardue. L'exemple d'autres régions du Canada, dans l'ouest notamment, porte à s'inquiéter.
Si le travail est à reprendre périodiquement, c'est que chaque génération doit être convaincue de la pertinence de la douceur et de la musicalité de sa langue française.
Dans le passé, les campagnes Bonjour/Hello et les affichettes Français/English sur les bureaux ont bien servi. C'étaient des outils d'un autre temps, mais ils continuent d'être efficaces. La génération montante se dote de ses propres  moyens et des arguments pour se rappeler de la valeur de sa langue et de sa culture. La campagne BonjourWelcome sert justement à ça. Bravo !