Il est vrai que l’avantage des heures d’ouverture n’existe plus.

Le dilemme des heures des bars

ÉDITORIAL / La Ville de Gatineau marche sur des œufs avec la question des heures de fermeture des bars dans le Vieux-Hull. Si la question est réglée depuis 20 ans, toute ouverture pourrait ramener l’ère du désordre et des malappris sur la promenade du Portage. Et personne ne souhaite cela.

Du même coup, 20 années représentent une assez longue période. Il y a lieu de se questionner si les mêmes conditions prévalent et si leur assouplissement permettait de satisfaire les besoins des résidants du Vieux-Hull, ceux de Gatineau et d’Ottawa, ainsi que ceux des tenanciers de bars.

Du début des années 1980 jusqu’en 1997, la Ville de Hull connaissait des débordements violents de consommateurs éméchés qui attendaient un moyen de transport aux alentours de 3 h. Ils devaient espérer pour un trop rare taxi, ou en commander un d’Ottawa. La patience n’étant pas l’une de leurs principales vertus à cette heure. Il y avait régulièrement des échauffourées qui exigeaient une présence policière. Cet effort de contrôle des débordements violents inclut aussi des caméras de surveillance, un moratoire sur l’ouverture de nouveaux bars et des restrictions de stationnement sur les rues avoisinantes. Cela fut mené par le conseiller Claude Bonhomme, qui est encore aux aguets aujourd’hui, même s’il a quitté la politique municipale en 2001.

À noter que cette recrudescence de l’activité nocturne à Hull rappelait la période entre 1900 et 1950 où la ville était affublée du surnom de « P’tit Chicago ». Cela avait démarré avec les campagnes de tempérance, plus populaires en Ontario qu’au Québec et le développement des ponts et des débits de boisson. Les Ontariens traversaient vers Hull pour venir y finir leurs soirées de libations.

En 1997, Ottawa avait prolongé la fermeture de ses heures d’ouverture de 1 h à 2 h. Hull fit la même chose, mais en sens opposé, en ramenant les siennes de 3 h à 2 h. Du coup, les bars et discothèques sur la promenade du Portage perdaient beaucoup de leur attrait aux yeux des fêtards. Cette heure de moins faisait en sorte qu’ils avaient perdu un gros attrait à traverser d’Ottawa.

L’effet fut immédiat, et perdura alors que Hull a vécu la fusion sous le vocable de « Gatineau ».

Finie l’époque glorieuse du Shalimar, du Globe, de la Disco Viva.

Depuis cinq ans, différents tenanciers de bars soutiennent que la situation a changé. L’histoire nous apprendra toutefois qu’une période d’accalmie, comme il y en a eu une entre 1950 et 1980, peut s’effacer devant les pressions démographiques et commerciales.

Il est vrai que l’avantage des heures d’ouverture n’existe plus. Il en reste d’autres cependant, comme l’âge légal de la consommation qui est toujours de 19 ans en Ontario, et de 18 ans au Québec. La problématique du transport referait rapidement surface.

Prétendre que les mentalités ont changé et que la réglementation nuit au volet culturel du Vieux-Hull nous semble de bien pauvres arguments. Les tenanciers souhaitent un projet pilote, limité dans le temps (que quelques jours par semaine, pour une période d’essai, et dans l’espace, limité à un petit secteur du Vieux-Hull).

Nous sommes ouverts à les entendre. Une consultation en ligne vient d’être prolongée pour connaître l’opinion des Gatinois sur la réglementation. Le conseiller Cédric Tessier a pris la relève de Claude Bonhomme, mais il est en faveur de l’élargissement des heures d’ouverture. Que ceux qui se sentent concernés participent à la consultation. Le Droit, qui a activement combattu du côté de la tempérance, au début du XXe siècle, observera la scène avec soin, encore une fois.