Les premiers Justin Trudeau et François Legault pourrait bien se retrouver dans une impasse en ce qui concerne le rapport d'impôt unique du Québec.

Le cul-de-sac Legault-Trudeau

ÉDITORIAL / Parmi les demandes de règlement qu’a faites François Legault au premier ministre Justin Trudeau est celle d’un rapport d’impôt unique préparé par le Québec. M. Legault a beau espérer, ce n’est pas M. Trudeau qui acceptera cette proposition.

Cela fait depuis 1954 que les Québécois doivent compléter un second rapport d’impôt, une initiative de Maurice Duplessis. 

Périodiquement, cette question revient sur le tapis : les Québécois devraient-ils n’en compléter qu’un seul, la version québécoise ? Cela signifie que leur gouvernement à Québec renverrait à Ottawa les sommes dues.

Cela revient sur le tapis parce que le nouveau gouvernement à Québec, celui de la Coalition avenir Québec, en a fait l’une de ses priorités. Mais en fait, tous les partis ont endossé l’idée : les libéraux aussi, mais ils étaient moins volubiles à ce sujet. 

Cela revient à l’avant-plan parce que les conservateurs d’Andrew Scheer l’ont aussi appuyée. Ils le claironnent sur tous les toits parce que M. Scheer se cherche des points de convergence avec le Québec qu’il veut séduire en vue des élections d’octobre. Les conservateurs sont les derniers à l’avoir endossée, mais comme M. Scheer vient de compléter une consultation au Québec, c’est de la proposition de son parti dont nous parlons présentement. En fait, le Nouveau Parti démocratique en parlait bien avant...

Andrew Scheer discourt sur le sujet, mais nous n’en sommes pas là. La proposition équivaut à une hérésie dans plusieurs camps fédéralistes. Pour ces gens, la question ne peut même pas se poser tellement elle n’a aucun sens.

Pourtant, serait-ce si impossible ? Pas du tout. Le Québec perçoit déjà la Taxe sur les produits et services (TPS) pour le fédéral depuis 1991, et il lui remet les sommes prévues. Pourquoi la situation serait-elle différente dans le cas de l’impôt des particuliers ?

Simplement parce que c’est ainsi que ça fonctionne depuis 1917. Et que les forces d’inertie sont telles, au fédéral, que pour les faire changer d’idée, cela prend des forces herculéennes. 

C’est ainsi que l’on a entendu Justin Trudeau dire : « Ce n’est pas la priorité de notre gouvernement. Nous reconnaissons qu’il y a beaucoup de provinces qui ont un rapport d’impôt unifié, mais c’est le gouvernement fédéral qui l’administre. Pour l’instant, ce n’est pas quelque chose que nous sommes en train de regarder. »

Son père, Pierre Elliott Trudeau, était pourtant en faveur d’un rapport d’impôt québécois lorsque M. Duplessis l’a proposée au début des années 1950... avant de changer d’idée lorsqu’il est devenu premier ministre en 1968.

Trudeau fils est résolument contre, quoique son discours soit posé. Ce n’est pas une question de protection des 5300 emplois du fédéral au Québec, il ne se rend même pas là. Il écarte la question diplomatiquement. Comme il écarte la question nationale. Pour lui, c’est du pareil au même. Il n’y a pas d’appétit pour ça chez les fédéralistes libéraux, et c’est tout, bon.

Et comme il faut être deux pour danser le tango, cela ne mène nulle part.

Mais ça, c’est si les libéraux sont réélus. Si jamais le Parti conservateur devait être choisi par les Canadiens le 21 octobre, il y aurait alors beaucoup de pression de la part de François Legault pour régler ce différend. 

Nous n’en sommes pas là encore. M. Legault peut en parler tant qu’il veut, cela ne le mènera nulle part avec Justin Trudeau. Il y a là une conception du fédéralisme canadien qui le fait s’opposer aux programmes d’émancipation du Québec.