Malala Yousafzai salue la Chambre des communes qui lui réserve des applaudissements chaleureux, mercredi.

Le courage de Malala

ÉDITORIAL / Le Parlement canadien a reçu de la grande visite, mercredi, avec la présence d'une femme de 19 ans, Malala Yousafzai.
Déjà une icône à titre de militante pour l'éducation des filles, la Pakistanaise a ému des parlementaires deux ou trois fois plus vieux qu'elle par la force de son message, par la simplicité de ses paroles teintées d'un humour fin. Ils étaient aussi émus d'écouter les paroles inspirantes de cette victime des Talibans ; à l'âge de 15 ans, alors qu'elle s'illustrait déjà comme militante des droits scolaires pour les jeunes filles, elle a été victime d'une tentative d'assassinat alors qu'elle revenait de l'école dans la vallée de Swat, au Pakistan.
Une fois remise de ses blessures à la tête et à l'épaule, cette tentative de la museler a cependant eu l'effet inverse. Cela a multiplié l'intérêt des gens pour le travail de sensibilisation qu'elle faisait déjà depuis quelques années, parfois sous le couvert de l'anonymat, à l'endroit des tentatives des Talibans de décourager l'émancipation des femmes. Son talent inné à émouvoir ses interlocuteurs s'est finalement traduit par un prix Nobel de la paix en 2014. À 17 ans, elle était la plus jeune récipiendaire de cet immense honneur.
Dans la foulée, le gouvernement de Stephen Harper avait annoncé qu'il lui conférerait l'une des six rares citoyennetés canadiennes honoraires. Mais la violence islamiste a frappé une seconde fois. Le jour qu'elle devait la recevoir des mains du premier ministre d'alors, Michael Zehaf-Bibeau a attaqué le Parlement au nom d'un délire religieux. Il a fallu attendre deux ans et demi pour concrétiser l'initiative de M. Harper que Justin Trudeau a reprise avec un bonheur évident.
Son message s'inscrit d'ailleurs bien plus dans la pensée des libéraux aujourd'hui au pouvoir. Le droit à l'éducation des jeunes filles? M. Harper avait ancré l'action humanitaire internationale du Canada vers la santé des femmes et des enfants. L'accueil aux réfugiés? Les conservateurs considéraient les migrants comme de potentielles menaces à la sécurité intérieure. 
Il était par ailleurs ironique de voir Kelly Leitch, candidate à la direction du Parti conservateur, applaudir chaleureusement Malala - son prénom suffit à l'identifier ! - alors qu'elle prône des tests de « valeurs canadiennes » pour les immigrants au pays...
Aujourd'hui étudiante en Angleterre, la musulmane a justement offert aux Canadiens une image différente des gens de sa foi. Dans un discours d'une vingtaine de minutes devant les deux Chambres réunies, elle a exhorté les hommes à devenir « des féministes », des paroles courageuses parmi son ethnie pachtoune. À sa manière, elle a démontré qu'« aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années », comme l'avait dit Corneille. Elle a dit que « petite, j'attendais d'être une adulte pour mener. Mais j'ai appris que même une voix d'enfant peut résonner tout autour du monde. » 
Des paroles d'une grande sagesse venues d'une femme bien jeune finalement, qui a de toute évidence hérité du courage de son père Ziauddin Yousafzai, un pionnier de l'éducation et du féminisme dans son pays. Plutôt que de restreindre sa fille, il l'a encouragée à découvrir, à s'exprimer, à se dépasser. « Si j'ai été un modèle pour elle, elle est aujourd'hui le mien », a-t-il confié avec abnégation à la CBC.
Des paroles dont l'action ne se limite pas aux pays rongés par le fondamentalisme religieux, mais partout, même au Canada. Il y a toujours place à amélioration.