François Boileau, Commissaire aux services en français de l’Ontario

Le Commissariat: une perte énorme

ÉDITORIAL / Pour son ultime rapport à titre de Commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau ne s’est pas réservé de thème-choc avec lequel il aurait pu frapper un grand coup. Certains ont même pu trouver un peu morne ce volume, baptisé Épilogue d’une institution franco-ontarienne.

C’est mal le lire. Le document fait ce qu’il dit : il analyse l’institution qu’était devenu le Commissariat aux services en français, il y dresse toutes les conclusions nécessaires. On y voit même les futurs pas que pourrait prendre un « Commissariat 2.0 », pour reprendre l’une de ses formules.

Le commissaire François Boileau laissait peu transpirer le vrai travail qu’il abattait, et qu’il révèle enfin : le rôle de conseiller du ministre des Affaires francophones, en rencontrant ses principaux aviseurs, et d’« ombudsman de premier ressort » qui enquête sur des thèmes avant qu’ils ne deviennent sujets de manchettes dans les médias. C’est la grande différence entre son travail et celui de l’Ombudsman de l’Ontario qui, lui, « ne traite des plaintes qu’en dernier ressort, [...] après avoir épuisé tous les recours disponibles ». Le premier agit en amont, le second en aval. Il y a là tout un écart qui rend les deux postes assez incompatibles et nécessaires tout à la fois.

La tâche de M. Boileau s’avérait un peu celle du canari dans la mine qui chante pour avertir d’une menace à venir. Ainsi, plusieurs de ses rapports et études étaient prémonitoires. Celui de 2009 sur la planification des services de santé en français mènera à la création des Entités de planification qui agiront pendant une décennie auprès des Réseaux locaux d’intégration des services de santé. Celui de 2011 sur l’éducation postsecondaire dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, qui mènera à la création de l’Université de l’Ontario français (présentement en hiatus). Celui du centre Jules-Léger, qui mènera à une nouvelle structure de régie pour les jeunes Franco-Ontariens atteints de troubles d’apprentissage, de surdité et de cécité.

Ça, ce sont les dossiers qui ont abouti. Il y en a plein d’autres. Comme celui sur la modernisation de la Loi sur les services en français, promise par la nouvelle ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney. Les nombreux autres touchent la santé, la justice, l’éducation. Ceux sur des sujets plus pointus comme les aînés, le logement, la désignation des services publics, l’offre active des services en français, l’immigration, la Ville d’Ottawa. Ceux liés à l’avenir des Franco-Ontariens d’ici 10 ans : la démographie et ses enjeux sur la transmission linguistique chez les couples exogames, sur l’immigration, sur le vieillissement des populations (surtout dans le Nord), sur les services numériques aux citoyens et sur la production de matériel en français par des médias fragilisés.

On le voit, le Commissariat aux services en français a ratissé large. Il a embrassé des sujets divers et les a menés à bon port. Mais il y en a autant, non, il y en a davantage encore qui restent à abattre. Autant de thèmes qui ne pourront pas bénéficier de l’action douce mais ferme du commissaire. Qui sait s’il n’a pas dressé une liste d’épicerie pour un éventuel successeur, après une défaite des conservateurs ?

Le gouvernement de Doug Ford insiste pour dire que le Commissariat aux services en français est tombé sur l’autel des « choix difficiles » liés au déficit. Mais « cette démonstration n’a été faite par personne au gouvernement », souligne François Boileau. Il n’aura plus de réponse, son bureau sera fermé pour de bon le 30 avril.

« De toute évidence, c’est la population franco-ontarienne qui en souffrira le plus, car elle perdra une voix puissante et impartiale. » Voilà qui dit tout.