Le premier ministre a été dur envers les générations passées, et celles d'aujourd'hui, qui ont adopté diverses politiques d'acculturation qui avaient comme finalité, avouée ou non, d'assimiler Indiens, Inuits et Métis dans le grand ensemble canadien.

Le choix inspiré de Trudeau à l'ONU

ÉDITORIAL / Le premier ministre Justin Trudeau a critiqué après son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, jeudi. Pourquoi parler des peuples autochtones du Canada, une question qualifiée de « politique intérieure », plutôt que des crises du jour en Corée du nord, ou le drame humain des réfugiés rohinghyas au Myanmar ?
Ce n'était pas de l'aveuglement volontaire. D'autres ont discouru sur ces deux grandes menaces à la paix internationale. Avec ses principaux conseillers, M. Trudeau aura voulu tourner les projecteurs sur un autre sujet, non moins crucial pour plusieurs gouvernements dans le monde, celui du traitement réservé aux autochtones. Son propos pourrait aussi être élargi à toutes les minorités nationales. Il a bien fait.
Le premier ministre a été dur envers les générations passées, et celles d'aujourd'hui, qui ont adopté diverses politiques d'acculturation qui avaient comme finalité, avouée ou non, d'assimiler Indiens, Inuits et Métis dans le grand ensemble canadien. À quoi sert une telle séance publique d'autoflagellation ? Entre autres à montrer que l'on n'a pas peur de reconnaître nos erreurs et celles de nos anciens qui n'étaient pas tous mal intentionnés. À l'époque, les cultures indigènes étaient dénigrées, dédaignées. Un peu partout dans le monde, la pensée du XIXe siècle visait à « civiliser » ces peuples, comme on avait voulu les évangéliser dès les premiers moments de la colonie en Nouvelle-France.
Admettre publiquement les torts de nos ancêtres sur l'estrade de l'ONU peut donner l'exemple à d'autres et les inciter à cette grande réconciliation avec les Premières Nations. À peu près tous les pays du monde sont touchés car il y en a partout : Quechuas en Amérique du Sud, Maoris en Nouvelle-Zélande, Adivadis en Inde, et d'autres souvent groupés sous le vocable générique d'« indigènes ». 
Le Canada n'a pas de leçon à donner, mais la volonté bien affirmée du gouvernement Trudeau de combler le fossé entre les colonisateurs et les Premières Nations mérite notre admiration et notre respect. Nul besoin d'aller sur des terres autochtones du lac Rapide, en Outaouais, ou dans des communautés nordiques décimées par des taux de suicide affolants pour constater la misère. Il suffit de se promener dans certains quartiers délabrés d'Ottawa pour la côtoyer. Et ce n'est pas vrai que tous ces problèmes sociaux sont « de leur faute » : l'acculturation a des répercussions insoupçonnées. Les Franco-ontariens, qui ont souffert du regard hautain de la majorité anglophone pendant un siècle, devraient compatir à leurs maux.
Évidemment, le gouvernement libéral ne s'y prend peut-être pas de la meilleure manière dans tous les litiges encore en cours, mais l'intention est là. Les réactions négatives de députés d'opposition relèvent plus de la joute politique qu'autre chose.
En reprenant des reproches que le Rapporteur des Nations unies avait prononcés à l'endroit du Canada en 2014, certains ont accusé M. Trudeau d'avoir voulu faire plaisir à l'ONU dans l'espoir d'obtenir un des sièges au Conseil de sécurité. Certes, ça ne peut pas nuire. Et en choisissant de parler de nos propres manquements, Justin Trudeau fait plus que soigner ses votes de gouvernements qui discriminent contre les femmes, les gais, les minorités, etc. 
Le Canada ne peut s'attaquer à tous les problèmes du monde en même temps. Mais le message de Justin Trudeau à l'ONU a montré qu'il est possible de semer le bien autour de soi. Ça va plus loin que du jovialisme en quête d'égoportraits. Et ça vaut mieux que menacer la Corée du Nord de « destruction totale » comme l'avait fait Donald Trump un peu plus tôt.