L'animateur du 104,7 Outaouais, Roch Cholette.

Le choix : Cholette ou la censure ?

ÉDITORIAL / L’animateur Roch Cholette est dur dans ses entrevues radiophoniques. Il dérange et il faut du doigté pour répondre du tac au tac à ses questions pointues, ce qui n’est pas donné à tous. Il affiche même un parti pris évident sur plusieurs enjeux ; mais il n’avait pas à être la cible d’une charge à fond de train du maire et de plusieurs élus de Gatineau, hier. Son émission, malgré ses défauts, s’inscrit parmi les tribunes de choix dans les médias en Outaouais. Le droit du public à l’information se verrait diminué si cette plateforme devait disparaître.

Dans une lettre envoyée au président du réseau Cogeco, propriétaire de plusieurs radios au Québec dont le 104,7 FM, le maire Maxime Pedneaud-Jobin et une majorité de conseillers l’avisent qu’ils boycotteront le micro de M. Cholette. Ils lui reprochent « l’arrogance, l’agressivité, le mensonge et le mépris ». Ils l’accusent de « déformer les faits, d’inventer des scandales, de propager de fausses nouvelles », bref, d’afficher « mauvaise foi et malhonnêteté intellectuelle ».

Cette attaque tous azimuts à l’endroit de la vedette de la radio parlée en Outaouais s’avère extrêmement grave. On ne lui connaît pas de précédent, sauf erreur. Mais il n’a pas inventé le style d’une radio polémique ; à Ottawa, Lowell Green en était un champion sur CFRA. Au Québec, Pierre Pascau et Gilles Proulx ont bousculé la radio des années 1970 et 1980. Nous ne ferons pas le parallèle avec les « radios poubelles » de Québec, qui ont payé le prix d’avoir souvent outrepassé les bornes. Plusieurs voix sont disparues des ondes. 

Il est vrai que Roch Cholette n’est pas reposant au micro. Mais personne ne peut prétendre qu’il soit imprévisible et mystérieux et girouette. Au contraire, il est d’une logique implacable. Partial ? Assurément. Ancien conseiller municipal, lobbyiste et député libéral, conjoint de la députée-ministre de Gatineau Stéphanie Vallée, M. Cholette défend les mêmes points de vue depuis des années, avant même que la radio privée ne lui fasse de l’œil. Tout ce temps au cœur de l’action en Outaouais a fait de lui un commentateur aguerri de l’actualité locale, régionale et québécoise. Ses biais intellectuels sont bien connus, son affection pour les valeurs libérales aussi. Nul n’en est surpris. Ses critiques à l’endroit de ses adversaires sont acerbes, à la limite de la politesse, et parfois au-delà.

Mais un boycott généralisé ?

Les élus de Gatineau ont erré en annonçant qu’ils bouderaient l’émission de M. Cholette. Rien ne les oblige à accepter les invitations de l’émission Solide comme le Roch ; il leur suffit de dire non. 

Ils soutiennent qu’en claironnant ainsi leurs intentions d’un boycott, ils prônent la transparence. C’est un artifice pour faire avaler une position inacceptable. 

Quant à leurs autres récriminations, il existe plusieurs tribunes pour les porter. Le tribunal d’honneur qu’est le Conseil de presse a un poids qui finit par être lourd à porter, même si M. Cholette ne s’y soumettrait pas au nom de son travail de polémiste, et non pas de journaliste. Le CRTC, qui police les ondes publiques, joue aussi un rôle dans le renouvellement des licences de Cogeco — les patrons de M. Cholette portent aussi leur part de responsabilité pour tolérer ses excès au micro. Ailleurs, les menaces ont porté, même s’il a fallu du temps. Et il reste toujours les poursuites devant les tribunaux. Ces avenues valent mieux qu’une guerre ouverte contre le roi des ondes du 104,7 FM. 

Il vaut mieux vivre avec une voix qui déplaît que la censure que la majorité des citoyens du monde doivent endurer.