Jean-François Lisée endosse l'idée de restreindre aux étudiants de langue française l'accès aux cégeps anglophones.

Le cégep anglais, l'idée fixe du PQ

ÉDITORIAL / À l'approche des congrès devant leurs partisans, la rhétorique se braque. C'est devant les membres du Parti conservateur que Stephen Harper avançait les idées les plus à droite de sa philosophie.
Idem au Parti québécois : le retour du débat sur la loi 101 et les cégeps a précédé de quelques jours l'ouverture du premier congrès du PQ depuis 2011. Et cela a forcé le chef Jean-François Lisée à prendre position sur cet enjeu qu'il avait réussi à éviter dans le passé.  
Le congrès démarre aujourd'hui à Montréal et M. Lisée devait donner de la viande à ses troupes péquistes qui tiendront un vote de confiance sur sa performance, lui qui a été élu chef du PQ il y a moins d'un an. 
Pour éviter l'affront d'un faible score, comme le 76 % de Bernard Landry en 2005, Jean-François Lisée endosse ainsi l'idée de restreindre aux étudiants de langue française l'accès aux cégeps anglophones. Mais il n'a pas le courage politique d'affronter la tempête. Il ne le dit pas franchement. Et c'est par la voie du financement des cégeps anglophones que le PQ propose d'agir : en leur coupant les vivres.
Évidemment, M. Lisée n'est pas totalement inconscient et fait attention de ne pas piétiner les droits constitutionnels des anglophones au Québec. Le PQ suggère donc une formule alambiquée qui tient compte du poids démographique proportionnel des anglophones dans chacune des régions qui accueillent un des cinq cégeps anglophones, comme Heritage en Outaouais. 
Cela fait des lunes que le Parti québécois songe à interdire aux francophones de fréquenter les cégeps de langue anglaise, même si la population n'est pas d'accord. Mais pour plusieurs membres du PQ, forcer le cégep français aux francophones et allophones et la suite logique à leur obligation de s'inscrire au réseau francophone du primaire et du secondaire. Ils balaient du revers de la main le fait qu'à 18 ans, des étudiants majeurs devraient avoir le droit de décider de leur propre destinée. 
Un jeune de 17, 18 ou 19 ans qui fréquente un cégep n'est pas en processus de francisation. Après 11 années d'école, il devrait déjà bien posséder sa langue maternelle ou la langue de son pays d'adoption, bref, la langue commune des Québécois. À cet âge, il n'est pas à l'État de décider pour lui, au nom d'une priorité politique hautement discutable. Il s'agit ici de jeunes adultes qui poursuivent leurs études tout en peaufinant leur connaissance d'une langue qui pourrait leur être bien utile dans la vie, selon la discipline qu'ils choisiront. 
Et puis on ne parle pas de centaines de milliers d'étudiants, mais autour de 7500. De tels nombres ne mettent pas en péril le français au Québec quoiqu'il n'y a pas de petites saignées en ce domaine. 
Évidemment, pour bien des commentateurs de l'actualité qui sortent rarement de Montréal et de ses couronnes nord et sud, ils n'ont que l'image tronquée d'une métropole où les trois quarts des jeunes sont bilingues et où l'anglais est de plus en plus parlé, surtout dans les commerces où l'accueil en français devrait être une évidence.
Ce sont de telles mesures d'encouragement sur lesquelles le Parti québécois devrait tabler pour promouvoir le français au Québec, et tout particulièrement à Montréal. Cela ferait bien plus oeuvre utile pour le visage français au Québec, îlot linguistique de l'Amérique, que d'imaginer des manières de forcer une langue d'enseignement à de jeunes adultes qui la possèdent déjà.