Le Canada ne facilite pas la paix

Après trois semaines d'un intense conflit qui a maintenant réclamé plus de 1000 vies humaines, aucun signe à l'horizon ne permet d'espérer une accalmie de la tension entre Israël et les Palestiniens de la bande de Gaza.
Une chose, cependant, est sûre : ce n'est pas le gouvernement de Stephen Harper qui pourrait se faire le facilitateur d'une telle accalmie. Sous les conservateurs, le Canada a tourné le dos aux ambitions d'arbitre de paix qu'il a déjà eues. Depuis son élection en 2006, le Parti conservateur dirigé par M. Harper a braqué la politique extérieure du Canada vers un appui inconditionnel à l'État d'Israël. Pour le premier ministre, le droit de ce dernier à se défendre équivaut pour beaucoup à un chèque en blanc de répliquer à toutes les attaques souvent vicieuses des militants du Hamas.
Ce virage de la politique extérieure canadienne n'est pas nouveau mais il surprend toujours un bon nombre de Canadiens qui ne comprennent pas nécessairement plusieurs des subtilités de ce long conflit entre Israël et la Palestine. Sans en saisir toutes les nuances, les Canadiens qui sont assez pacifiques de nature ne comprennent pas que le Canada endosse - non, encourage ! - le gouvernement de Benyamin Nétanyahou dont la définition d'une réplique « retenue » aux tirs de roquette du Hamas se traduit sur le terrain par des bombes qui font des centaines de victimes civiles, dont des femmes et des enfants.
Les Canadiens pacifiques ne comprennent pas non plus la position canadienne alors que le président des États-Unis, Barack Obama, traditionnellement le plus solide allié d'Israël, implore un cessez-le-feu « humanitaire immédiat et sans conditions » pour utiliser les mots qu'il a repris du communiqué officiel des 15 pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies.
Chacun des appels au calme des derniers jours n'a pas tenu le coup plus que les quelques heures de répit qui étaient prévues. Chaque fois, des bombes ont sauté, parfois décochées d'un côté, parfois décochées de l'autre, chacun ayant une longue liste de raisons d'en vouloir à l'autre et chacun ne voulant pas perdre la face dans un conflit où la conciliation est plus signe de faiblesse que de sagesse.
Il n'existe aucune solution facile dans cette opposition entre ces frères ennemis qui a été attisée par la création de l'État d'Israël en 1948. De chaque côté et au Canada également, la perspective d'un règlement passe par la création de deux états voisins mais trop de gens, d'une part comme de l'autre, refusent d'oublier les affronts des générations passées. Et les affrontements se poursuivent, se calmant pendant quelques mois ou quelques années, pour reprendre épisodiquement pendant quelques semaines, quelques mois. Le secrétaire d'État américain John Kerry a beau multiplier les appels au cessez-le-feu, approcher un intermédiaire ou un autre - cette fois-ci l'Égypte, comme lors des derniers efforts de paix -, rien n'y fait. La soif de sang et de vengeance n'est pas encore assouvie, il faut croire.
Et le gouvernement Harper qui applaudit à chaque riposte d'Israël, répétant son mantra que le pays de Nétanyahou a « le droit de se défendre »...
Cette politique étrangère du Canada a subtilisé à notre pays toute capacité d'intervenir comme agent de paix dans ce conflit, et dans plusieurs autres conflits dans le monde. Dans l'équilibre fragile entre les régions les plus tendues du monde, la planète n'a pas besoin de pays qui arrosent les tensions avec du carburant. C'est ce que fait Stephen Harper dans le dossier Israël-Palestine, comme il le fait dans le dossier de l'Iran qu'il a plusieurs fois qualifié de « plus sérieuse menace à la paix internationale ». S'il a peut-être raison sur le fond, M. Harper aide-t-il en pointant ainsi du doigt ? Certainement pas.
Le triste fond de cette affaire, d'un point de vue canadien, c'est que le capital de sympathie du Canada ne se regagnera pas de sitôt. Même si Stephen Harper devait changer sa position, ceux qui le regardent ont la mémoire longue.