Philippe Couillard a remis sa démission à titre de chef du Parti libéral du Québec jeudi.

Le bilan partial de M. Couillard

ÉDITORIAL / En mettant fin à sa carrière publique de 10 ans en politique québécoise, on aurait souhaité un peu plus de reconnaissance du difficile chemin que Philippe Couillard a fait vivre aux Québécois. Sans quelques mots encourageants, il passe encore pour le politicien froid et distant, mais prodigieusement intelligent, qu’il a été.

Sa carrière s’est articulée en deux temps. Une première période comme ministre de la Santé, au milieu des années 2000, sous la direction de Jean Charest, et une seconde comme premier ministre pour un seul mandat, de 2014 à 2018. 

Il avait étonné et séduit au cours de son premier séjour. Sorti de nulle part, ce neurochirurgien surprenait par sa connaissance fine de ses dossiers. En Outaouais, terre de grandes insatisfactions en santé, son ton informé rassurait. Il avait promis un statut particulier pour la région, et après quelques années et moult vérifications, il a livré la marchandise. La saignée des infirmières quittant l’Outaouais pour les chants séduisants de l’Ontario a diminué. Mais le progrès fut de courte durée et d’autres problèmes, notamment les attentes à l’urgence, ne connurent aucun répit. Sa voix calme et posée avait procuré un congé de cinq ans au gouvernement libéral, mais cette période eut des airs de mandat inachevé. Il y avait trop à faire, et trop vite, pour que la population de l’Outaouais, tout particulièrement, apprécie l’ampleur des changements qu’il avait mis en place. 

Il revient en 2013, à la surprise de plusieurs, lorsque Jean Charest annonce sa démission à la suite de la défaite de septembre 2012. 

La campagne électorale de 2014 portera sur le court héritage du Parti québécois, au pouvoir même pas deux ans, notamment sur la Charte des valeurs québécoises. Mais la question nationale, avec le candidat du PQ Pierre-Karl Péladeau, revient à la surface et garantit une nette victoire à M. Couillard. Il est entouré d’une équipe libérale reconstituée autour d’un trio économique formé de Carlos Leitao, Martin Coiteux et Jacques Daoust. Il avait fort peu été question d’économie pendant la campagne, mais dès le Discours du trône, Philippe Couillard marque le pas en annonçant un important redressement des finances publiques. À ceux qui parlent d’austérité, il les corrige et préfère l’expression « rigueur budgétaire ». Il s’en suit deux années pendant lesquelles le trio économique, particulièrement MM. Leitao et Coiteux, charcutent l’État québécois pour redonner une marge de manoeuvre au gouvernement. Cela a fonctionné... mais à quel prix !

Tout ce qu’il y a de forces vives au Québec se lie contre le gouvernement, qui résiste. Dès 2016 se dégage déjà un surplus financier. Il atteint 2,4 milliards $ en 2018.

Dans son mot, hier, M. Couillard ne retient de cette époque que « le changement est profond, que le poids de la dette est en baisse ». Mais il y a là la genèse de la débandade libérale du 1er octobre au profit de la Coalition avenir Québec, qui a fédéré le ressentiment de la population sans pour autant tomber dans le piège de la dichotomie fédéraliste/souverainiste. 

M. Couillard a cru que deux années de rigueur vaudraient le coup. Mais elles furent trop incisives. L’ouverture des vannes des dépenses publiques, au cours des 18 derniers mois, n’aura pas suffi pour faire oublier l’austérité, car il faut bien l’appeler par son nom.

Il aurait été souhaitable que Philippe Couillard le reconnaisse dans ses derniers mots comme premier ministre du Québec. En l’omettant, il a fait fi de la douleur de la population québécoise. On l’a dit froid et distant ? C’est en plein ça, et c’est regrettable.