Hélène David a tenté de faire de la proposition caquiste un enjeu féministe. Que ce n’était pas à l’État de choisir si la femme voulait des enfants, et à quel moment.

Le «bébé bonus», outil du passé

ÉDITORIAL / Le Québec est-il prêt pour une nouvelle « revanche des berceaux » ? Une chose est sûre, c’est que libéraux et caquistes en feront un enjeu de la prochaine élection, en octobre. Depuis quelques mois, ils s’attaquent à ce sujet, et les dernières salves ont opposé Hélène David et Geneviève Guilbault, l’une des jeunes stars de la Coalition avenir Québec.

De part et d’autre, on ridiculise l’argumentaire de chacun. 

La ministre David a qualifié l’idée de « rétrograde ». Quant à Mme Guilbault, qui était enceinte pendant sa récente campagne électorale, elle a taxé les libéraux d’être « totalement déconnectés » de la réalité des familles du Québec.

Les électeurs décideront cet automne si les libéraux sont déconnectés sur cette question, mais il est vrai que la proposition de la CAQ nous renvoie au passé. Il en a existé plusieurs versions antérieures et la plus connue de ces encouragements à « la famille » était stimulée par l’Église catholique au XIXe siècle. Elle a été qualifiée de « revanche des berceaux » car elle servait d’une certaine manière à venger la défaite des plaines d’Abraham. Ce que la Nouvelle-France n’avait pu faire par les armes, les Canadiens français feraient par un boom démographique.

La plus récente itération d’une politique nataliste a été mise en place par les libéraux de Robert Bourassa en 1988. La fécondité des Québécoises était à un plancher et le gouvernement libéral de l’époque a cru bon la stimuler par un programme d’appui financier qui garantissait une prime non imposable de 500 $ pour un premier enfant, 500 $ (puis 1000 $) pour un second, et 3000 $ (jusqu’à 8000 $ à partir de 1992) pour un troisième bébé. À noter que le Parti québécois n’était pas du tout contre parce qu’il lui a fallu quatre ans avant qu’il ne mette fin à ce régime, en 1997.

Mme David a tenté de faire de la proposition caquiste un enjeu féministe. Que ce n’était pas à l’État de choisir si la femme voulait des enfants, et à quel moment. Mais là où la libérale a particulièrement raison, c’est lorsqu’elle a dit que cette politique nataliste se réclamait de la « droite conservatrice ».

Les conservateurs aiment les initiatives encourageant la famille « traditionnelle ». Ils favorisent aussi les mesures d’appui individuelles, qui donnent le choix aux citoyens, plutôt que la création de grandes initiatives de l’État. Ainsi, les conservateurs fédéraux ont versé sous Stephen Harper des milliers de dollars aux familles canadiennes tandis que l’opposition caressait la mise en place d’un réseau national de garderies (en fait, les libéraux n’ont jamais bougé sur la question même s’ils détenaient le pouvoir et avaient les surplus budgétaires pour le faire).

L’approche de la Coalition avenir Québec s’apparente donc à celle des conservateurs : un versement aux familles. À elles de décider ce qu’elles veulent en faire.

En 1997, les péquistes sous Lucien Bouchard ont mis fin au « bébé bonus » pour créer le programme de garderies « à 5 $ ». 

Et le « bébé bonus » fonctionnait ? Oui, concluent les études de  Kevin Milligan en 2005 et d’Emmanuelle Demars, en 2011. Ils attribuent environ 85 000 naissances à cette prime à la nativité. Plus de bébés, et des naissances devancées. 

Aujourd’hui cependant, le filet social mis en place pour appuyer les familles, dont les garderies, paraît bien plus efficace pour encourager les Québécoises à avoir plus d’enfants. 

Les libéraux, qui ont mis à mal le filet social québécois par leurs mesures d’austérité, auront-ils quelque chose de mieux à offrir que le « bébé bonus » de la CAQ ? Il ne faudrait pas s’en surprendre.