L'arrivée du RVER

Pour tous ceux qui ne sont pas gâtés par la valse des millions qui embrase la Ligue nationale de hockey - 99,99999% d'entre nous - Québec a salué l'entrée en vigueur, hier, du nouveau Régime volontaire d'épargne-retraite. Un outil de plus s'ajoute donc aux travailleurs afin qu'ils puissent mieux préparer leurs vieux jours. Un de plus, ce n'est pas trop.
La mesure avait été annoncée par Raymond Bachand dans son dernier budget à titre de ministre québécois des Finances, en mars 2012. Personne ne devrait se sentir mal d'avoir un peu oublié cette mesure socialement utile mais peu populaire. Il s'en est passé des choses depuis cette annonce, incluant l'élection de deux gouvernements du Québec.
Il est aussi tout à fait le fruit du hasard si sa date de départ a coïncidé avec l'ondée annuelle de millions qui arrose les hockeyeurs nord-américains qui tombe elle aussi le 1erjuillet... et avec la fête du Canada, ne l'oublions pas!
Alors dans toute cette excitation, le Régime volontaire d'épargne-retraite nous ramène à des choses plus sérieuses. À commencer par rappeler si trois Québécois sur quatre détiennent un REER, il y en a moins de la moitié qui y cotisent. Et lorsqu'ils le font, le montant mis de côté n'est que de 2000 à 3000$. Il est vrai que bien des familles ont de la difficulté à joindre les deux bouts mais à ce rythme, le bas de laine ne sera pas très bien garni lorsque la retraite arrivera.
Environ 1,4 million de Québécois ont le «privilège» d'avoir un régime de retraite au travail. La plupart de ces régimes sont en déficit (sans réserves suffisantes pour payer toutes les pensions promises), incluant celles «dorées» des pompiers qui sont descendus dans la rue au nom des autres fonctionnaires municipaux.
Mais entre les pensions de l'État, les REER et les économies que les gens ont pu faire (notamment leurs maisons, pour ceux qui ont pu en acheter une), il y a des trous, des Québécois qui n'ont pas une couverture suffisante pour leurs vieilles années. Dans ce sens, le RVER vient combler un vide. Il faut collectivement espérer que quelques centaines de milliers de Québécois y trouveront chaussure à leur pied. Pour ces gens qui auront eu la sagesse de le faire, les bienfaits seront à la hauteur des efforts qu'ils y auront mis.
Les critiques soulignent que le caractère volontaire du RVER en subtilise trop de valeur. Ils ont partiellement raison. Car rien n'est garanti avec le RVER. Mais en même temps, voilà ce qui fait justement son attrait: tout y est modulable.
Il faut miser sur le fait que les entreprises verront la valeur d'offrir un régime de retraite à leurs employés dans le cadre d'un programme complet de rémunération globale. Surtout les plus petites (de 5 à 50 travailleurs) pour lesquelles il s'avérait jusqu'ici trop lourd d'organiser un régime collectif, qu'il soit à cotisations ou à prestations déterminées.
De la même manière, il faut miser sur le fait que les travailleurs verront l'utilité de cotiser dans leur RVER.
Tout a par ailleurs été pensé pour être aussi facile que possible. L'inscription est automatique. L'entreprise ne gère pas les fonds (confiés à des institutions financières) et les taux d'épargne sont modestes (2% au départ, 4% en 2017) et flexibles (possibilité de suspendre ses cotisations, ou de les hausser).
La population a besoin de temps pour s'acclimater à de nouvelles initiatives. Par exemple, le CELI, le Compte d'épargne libre d'impôt a six ans en 2014 et il commence juste à être connu. De plus en plus de Canadiens sont familiers avec le CELI et apprennent à l'utiliser à bon escient. Il n'est pas pour tout le monde et ne règle pas tous les problèmes, mais il a sa valeur dans une stratégie fiscale de ceux qui en ont les moyens.
Le Régime volontaire d'épargne-retraite doit jouir d'une indulgence semblable. Et pour plus que six ans: les questions de régimes de retraite ne prennent de la valeur que dans la durée, sur des décennies. Ce n'est que dans 10 ou 15 ans que les Québécois pourront mieux évaluer le RVER.