Michaëlle Jean est la première secrétaire générale de la Francophonie à se faire montrer la porte après un seul mandat.

Larguée avant le début...

ÉDITORIAL / Avant même que les élus du Canada et Québec ne décollent ensemble en vue d’aller au Sommet de la Francophonie en Arménie, ils avaient déjà largué Michaëlle Jean. C’est dire combien cela s’est fait vite !

Sur le coup de 15 h 45, hier, le premier ministre désigné du Québec, François Legault, a envoyé un communiqué avisant qu’« il ne soutiendra pas le renouvellement du mandat de Mme Michaëlle Jean au poste de secrétaire générale de la Francophonie ». Après « analyse et considérant le consensus africain qui se dessine… »

Dans les instants qui ont suivi, un second coup de marteau, venant de Justin Trudeau, mais détourné. L’annonce est venue de l’attaché de presse de la ministre canadienne de la Francophonie, Mélanie Joly, et encore, de manière alambiquée. Il disait que « le Canada est prêt à se rallier au consensus... »

Il fallait deviner le reste.

Le Québec et le Canada lui retirant son appui, cela ne laisse plus grand-chose à Michaëlle Jean. Le Nouveau-Brunswick, peut-être ? (Pas l’Ontario car elle n’a pas droit de vote... et le gouvernement de Doug Ford ne déléguera personne au sommet d’Erevan, en Arménie.) 

Cela dit, le porte-parole de Michaëlle Jean s’est empressé d’assurer que « rien n’a changé » et qu’elle « sera là jusqu’au bout et probablement au-delà ».

La voie est donc libre pour que Louise Mushikiwabo lui succède comme secrétaire générale. Elle est présentement ministre des Affaires extérieures du Rwanda.

Cette décision canadienne et québécoise scelle donc l’issue de Michaëlle Jean à la Francophonie, un poste prestigieux dans lequel elle n’a pas réussi à trouver ses marques. On lui reproche toujours des rénovations fastueuses à l’appartement de fonction à Paris, et les dépenses d’une croisière pour des jeunes, une affaire de 1 million $, l’an passé. Mais autant que cela ait pu être répréhensible – et preuve n’en est pas faite –, ce ne sont pas les pays africains qui se formaliseront de dépenses peuvent-elles avoir été somptuaires. La plupart ont fait pire !

Non, l’annonce porte les empreintes d’Emmanuel Macron, président de la France. Au début de 2018, il s’est acoquiné avec son vis-à-vis rwandais, Paul Kagamé, dans la recherche d’un successeur à Mme Jean, qui avait joui de l’appui du Canada, il y a quatre ans. Ils se sont entendus sur la candidature de Mme Mushikiwabo, malgré la déficience évidente qu’elle vient d’un pays où le français a cédé le pas à l’anglais sous M. Kagamé. Pourquoi M. Kagamé ? Supposément parce que la France souhaite régulariser ses relations avec le Rwanda, voilà tout. Cela aurait pu être un autre pays s’il y avait eu un autre candidat plus solide que Mme Mushikiwabo. 

Justin Trudeau a tenté de répliquer pour préserver Mme Jean dans l’espoir qu’elle ne soit pas la première à se faire montrer la porte après un seul mandat : tous ses prédécesseurs ont évité cet « affront ». Toute l’année, il a fait des représentations auprès de chefs d’État africain, qui représentent 21 des 54 États membres de la Francophonie. Il a bien vu que ses appels restaient lettre morte. 

Mme Mushikiwabo se voit donc servir ce poste sur un plateau d’argent. Cela permet d’éviter « l’odieux » d’un vote qui pourrait illustrer la division des pays membres de la Francophonie. Et puis, c’est ainsi que cela fonctionne à ces niveaux-là. D’une certaine manière, le chassé-croisé de 2018 démontre bien que la Francophonie est arrivée dans la cour des grands. Avec tous les défauts que cela comporte.