Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

L'apparence, M. Trudeau...

ÉDITORIAL / Justin Trudeau est embourbé par des questions éthiques et il ne doit pas tarder à lever l'ambiguïté sur ces questions. Ce n'est pas parce que la pause des Fêtes approche que le gouvernement doit faire l'autruche sur ces enjeux qui touchent la probité même des affaires de l'État. Il doit prendre les devants et mettre fin à cette controverse qui nourrira les discussions politiques de fin d'année. Il doit imposer une distance supplémentaire entre lui et la Fondation Trudeau. Parallèlement, il doit mettre fin à la participation des libéraux à des cocktails de financement, qu'ils soient à 100 ou 1500 $.
La raison nous dicte que le premier ministre, les ministres et les députés ne se font pas acheter pour 100 $ ou 1500 $. Leur âme n'est pas à vendre pour des montants aussi dérisoires. Et M. Trudeau semble bien sincère pour défendre son intégrité -- sans doute est-il profondément convaincu d'être au-dessus de ces viles considérations. 
Mais que ce soit un cocktail-bénéfice ou un don substantiel à la Fondation Trudeau, les deux pratiques sont répréhensibles si elles créent une apparence de conflit d'intérêts.
Une autre raison ? Parce que nous sommes en 2016 -- pour reprendre des mots du premier ministre -- et la population a aujourd'hui une tolérance plus faible envers toutes ces histoires qui érodent la confiance des Canadiens dans le gouvernement.
Nous aurons compris que ce n'est pas la Fondation de Justin Trudeau mais celle de sa famille, il a beau ne pas siéger au conseil, des membres de sa famille et plusieurs proches y jouent un rôle. L'urgence d'agir ne serait pas ressentie de la même façon si la fondation familiale était dormante. Justement, ce n'est pas le cas. Depuis que Justin Trudeau est devenu chef du Parti libéral, et encore davantage depuis qu'il a été élu premier ministre, les dons se font de plus importants, de plus en plus nombreux. Il n'est pas difficile de croire que quelqu'un qui cherche une faveur du gouvernement rappelle auprès d'oreilles attentives qu'il appuie la Fondation Trudeau. Il n'y aurait là rien d'illégal mais malgré tout, des odeurs d'un comportement considéré immoral au Canada.
L'entêtement de M. Trudeau à ne pas voir de problème avec les cocktails-bénéfices est d'autant plus décourageant lorsque l'on rappelle les règles bien plus contraignantes que se sont donné l'Ontario, tout récemment, et le Québec, bien avant. Il y a une raison bien évidente pourquoi des puissants acceptent de payer de l'argent pour être dans l'entourage des décideurs politiques, et c'est pour s'assurer que leurs dossiers avancent rondement. M.Trudeau a lui-même admis qu'ils les abordent avec lui...  
Certes, Justin Trudeau est un premier ministre accessible à tous, à des lieues en avance sur son prédécesseur Stephen Harper qui contrôlait l'identité de tous ceux qui l'approchaient. Mais se coller à M. Trudeau pour prendre un égoportrait n'a rien à voir avec un accès privilégié de 3 ou 4 minutes pour parler d'une législation. Et cette proximité, elle est facile à acheter si l'on a 1500 $, ce qui n'est pas le cas des chômeurs, des mal-logés et des pauvres.
Cela hantera Justin Trudeau jusqu'à ce qu'il se décide à agir. Aussi bien édicter de nouvelles politiques à ce sujet le plus tôt possible. Et passer des Fêtes l'esprit en paix.