L’implication de l’ex-président Barack Obama en appui à la campagne de Justin Trudeau dérange.

L’amitié d’Obama opère encore

ÉDITORIAL / L’implication de l’ex-président Barack Obama en appui à la campagne de Justin Trudeau dérange. Sinon, les autres leaders n’en auraient fait aucun cas. Le simple fait qu’ils commentent cet encouragement à gagner un second mandat est la preuve que cela les dérange... même s’ils ne peuvent rien y faire.

Le président américain a envoyé un tweet, mercredi, où il se dit « fier d’avoir travaillé avec Justin Trudeau ». Il ajoute que le premier ministre sortant est « un leader travaillant, efficace, qui s’attaque à des enjeux importants comme les changements climatiques. »

Qu’il vante le travail efficace du chef libéral est assez anodin. Mais qu’il parle des changements climatiques est plus étonnant. Les États-Unis sont l’un des pires acteurs sur la planète dans le domaine, même après huit années de présidence de Barack Obama. Ses gestes pour l’environnement furent assez timides, finalement. Le Canada était un aussi mauvais joueur de l’époque de Stephen Harper, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quoiqu’on dise sur l’achat du pipeline Trans Mountain...

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M. Obama n’en est pas à ses premières armes en ce qui concerne l’implication américaine dans les affaires intérieures à l’étranger. Dans le passé, il a appuyé Emmanuel Macron dans sa course à la présidence de la France, et il aussi encouragé la chancelière Angela Merkel en Allemagne. 

Quand on voit tout le brouhaha à propos de l’influence probable de la Russie dans l’élection de Donald Trump en 2016, voilà qui est proprement renversant de voir M. Obama se promener et multiplier les interventions à l’étranger. 

Cela dit, les Canadiens sont sensibles à ce genre d’appui de Barack Obama envers un leader canadien. C’est un genre d’imprimatur de notre voisin du Sud envers un des nôtres. Même si le geste demeure répréhensible. Imaginerait-on l’inverse, un premier ministre canadien endosser un candidat à la présidence des États-Unis ? Ou de la France ? Quand on voit les efforts de Justin Trudeau à se tenir loin de ce qui se passe en Espagne, avec la réémergence du mouvement séparatiste de la Catalogne, c’est carrément improbable, cette immixtion canadienne dans les affaires internes d’un autre pays. Pourquoi devrait-on la tolérer ? Juste parce qu’il s’agit de Barack Obama, l’un des présidents les plus appréciés... au Canada ?

Les adversaires du chef du Parti libéral auront beau dire que l’intervention de M. Obama dans la campagne électorale canadienne ne les dérange pas, c’est de la bouillie pour les chats. Ils sont profondément dérangés par ce coup de chapeau.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a voulu réagir par un haussement d’épaules, en rappelant qu’il ne se « préoccupe pas de l’opinion d’anciens leaders étrangers ». Mais la vraie réponse est venue de l’ex-chef de cabinet de M. Harper, Ian Brodie : « J’attends une réponse de l’équipe de réaction rapide du fédéral sur l’ingérence étrangère... »

Et de la bouche du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui a admis « être un peu envieux »...

Quoiqu’on en pense, l’appui de Barack Obama sonne comme un geste de désespoir de l’équipe de Justin Trudeau. Si elle n’en avait pas eu besoin, M. Obama serait demeuré tranquille, à la maison. 

Justin Trudeau cherche des encouragements où il peut, et au nom de la « bromance » qu’il entretient avec M. Obama, c’est le moins que ce dernier pouvait faire pour son « ami » canadien...