L'ambition olympique

Une nouvelle édition des Jeux olympiques d'hiver vient de s'amorcer. Cette 22e édition tenue à Sotchi en Russie, a fait parler d'elle pour plusieurs raisons qui n'ont rien à voir avec le sport lui-même.
D'un côté, il y a eu le choix d'une ville méconnue au climat tempéré, les hauts-le-coeur du coût des Jeux, ainsi que d'inévitables rumeurs de fraudes et de détournements de fonds. Ces trois thèmes sont reliés puisqu'ils sont intimement liés à Vladimir Poutine. Le président de la Russie a mis toutes ses énergies et son influence au service de Sotchi afin qu'elle remporte la course à la désignation olympique, en 2007, face à Salzbourg, en Autriche, et Pyeongchang. Les Jeux de 2014 « revenaient » normalement à la ville de Corée du Sud, qui avait déjà échappé les JO de 2010 au bénéfice de Vancouver.
M. Poutine avait déjà appuyé Sotchi à hauteur de 12 milliards $, une somme faramineuse pour des Jeux d'hiver. La note finale se chiffrerait plutôt à 51 milliards $ - sept fois plus que Vancouver, par exemple - mais l'essentiel de ces dépenses ne concernent pas la tenue des Jeux comme tel mais la construction d'infrastructures. À Sotchi, presque tout était à faire... et a été fait : routes, chemins de fer, stades, hôtels, etc. La Russie y a virtuellement recréé une ville balnéaire dont le principal attrait est d'avoir un pied dans la mer (Noire) et un pied dans les montagnes (le Caucase).
Pour tout construire ça, le gouvernement russe a mandaté des sociétés qui ont des liens avec des proches de M. Poutine. Les accusations de corruption ont été accompagnées d'allégations de travailleurs mal payés et mal encadrés.
Autant ces comportements sont répréhensibles, autant nous ne pouvons y faire rien à notre bout du monde. Cela demeurera la prérogative de la population russe d'avaliser les gestes de ses politiciens ; jusqu'ici, M. Poutine règne en roi et maître sur la Russie à laquelle il a redonné une bonne partie de son influence d'antan. Le fier peuple russe semble fermer les yeux sur les rumeurs qui entoure son président.
Enfin, il y a la politique réprimant la promotion des comportements homosexuels contre laquelle LeDroit s'est déjà érigé (« Loi indigne », 29 janvier), et le risque d'attaques terroristes par l'un ou l'autre de plusieurs groupes ethniques autour du Caucase. Il n'y a pas de garantie à ce chapitre mais tous les mécanismes à la disposition d'un gouvernement de main de fer comme la Russie ont été mis en place depuis des années pour prévenir des éclats de violence. À tout le moins pour la famille olympique réunie à Sotchi autour de cette fête sportive planétaire, et qui n'ont rien à voir avec les récriminations peut-être justifiées de certains, souhaitons que rien de regrettable ne s'y passe.
Maintenant que la flamme olympique illumine le ciel de Sotchi, notre attention se concentrera sur les athlètes, comme il se doit. Cette jeunesse s'avère le clou de l'événement qui veut nous redonner espoir dans l'avenir.
Depuis 10 ans, le Canada s'est donné les moyens de réussir sur la scène olympique à la hauteur de son talent. L'argent y est le nerf de la guerre et la pluie de médailles à Vancouver, et celle que l'on espère à Sotchi, résulte directement des investissements massifs fait via le programme À nous le podium depuis 2003. En effet, il était difficile à comprendre qu'un pays d'hiver comme le Canada performe si mal dans les disciplines d'hiver. Les résultats ont été probants dès les Jeux d'hiver de 2006, à Turin, puis à Vancouver, en 2010.
Probants à tel point que le président du Comité olympique canadien, Marcel Aubut, se permettait de rêver tout haut, cette semaine, que le Canada domine le monde au classement des médailles.
Aujourd'hui, tous les espoirs sont permis. Le réel objectif n'est pas nécessairement de se pavaner en se proclamant les meilleurs, mais pour chacun, d'aller au bout de soi. Voilà la vraie ambition olympique à laquelle le monde est convié au cours des prochains 14 jours.