Plusieurs reprochent au gouvernement de Justin Trudeau de se traîner les pieds dans plusieurs dossiers.

L’ambition de Justin Trudeau

ÉDITORIAL / Plusieurs reprochent au gouvernement de Justin Trudeau de se traîner les pieds dans plusieurs dossiers. Mais une chose est sûre, lorsque la question autochtone arrive à l’avant-plan, il démontre ambition et hâte.

Depuis vendredi, le premier ministre et la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould sont la cible d’attaques quant à des commentaires liés au décès d’un autochtone de 22 ans, Colten Boushie. Il a été abattu en août 2016 sur une ferme de la Saskatchewan. Le propriétaire, Gerald Stanley, se croyait victime d’un cambriolage. Un jury l’a blanchi de toute responsabilité.

D’ordinaire, les politiciens se font avares de paroles sur le travail des tribunaux. Ils ne veulent pas être accusés de s’ingérer dans un processus impartial, et qui doit le demeurer. Mais lorsque la ministre a clamé que le Canada « devait faire mieux », cela a provoqué des réactions immédiates. Que disait-elle vraiment ? Que le jury avait gaffé ? Que le procès avait été mal tenu ? Qu’il y avait eu erreur judiciaire ?

Tentant d’éclaircir le tout, la ministre a dit qu’elle « s’engageait entièrement à assurer la justice pour tous les Canadiens ». Ce qui n’était pas beaucoup plus limpide. En ce sens, sa défense perpétuait un flou plus qu’artistique ; la classe politique doit éviter tout malentendu et la meilleure manière est de garder le silence sur les procès. Toute réaction de sa part ouvrait la porte à interprétation.

Mais il n’y a pas là matière à démission comme lorsque Jean Charest a dû quitter le cabinet, en 1990, après avoir contacté un juge qui devait trancher un litige concernant son ministère d’alors, la Condition physique et le Sport amateur. Il y avait eu méprise, mais la sanction était impitoyable.

Dans le cas Boushie, le gouvernement a été interpellé sur la formation des jurys et plus particulièrement, sur le pouvoir des avocats d’écarter des jurés sans évoquer quelque raison que ce soit. C’est le principe de la récusation péremptoire et il est possible que des juristes camouflent derrière cela certaines idées qui effleurent le racisme. Le jury dans le procès de M. Stanley n’incluait aucun membre des communautés autochtones. Un seul juré de ce sang aurait pu briser l’unanimité nécessaire au verdict, personne ne le sait.

Il y a là un débat pour la classe juridique dans lequel le gouvernement Trudeau s’est vite jeté à pieds joints. Depuis son élection en 2015, il tente de réécrire les relations du Canada avec les Premières Nations. Cela pourrait être son principal legs politique s’il a le temps de mettre plusieurs correctifs en place et à temps.

Hier, M. Trudeau a tourné la page du procès Stanley-Boushie pour ouvrir un bien plus ambitieux chapitre, celui d’un nouveau cadre législatif pour les peuples indigènes. Dans un discours potentiellement historique à la Chambre des communes, le premier ministre propose de leur offrir de meilleurs outils d’autodétermination. Voilà qui est très ambitieux d’un gouvernement qui peine à nommer un commissaire aux langues officielles...

Il manque encore beaucoup de détails et cet éléphant d’ambition juridique pourrait bien accoucher d’une souris ; personne ne peut deviner où les vœux libéraux aboutiront d’ici la fin de son mandat, dans deux ans. Cela fait des décennies que gouvernements et commissions d’enquête se succèdent sans réelle avancée. Mais personne n’aura démontré l’enthousiasme de Justin Trudeau pour la filière autochtone. Il se place lui-même la barre haute, voyons quels obstacles il saura enjamber.